L’attaque de Yom Kippour - Le traumatisme national d’Israël


Marcel Serr

En octobre 1973, l’Egypte et la Syrie attaquèrent Israël par surprise. Même 40 ans plus tard, le traumatisme de cette attaque se ressent toujours dans la société israélienne. Dans cet article, on va analyser la Guerre de Yom Kippour à partir de trois perspectives : (1) La perspective militaire va démontrer la proportion des forces militaires, les tactiques, les stratégies et le procédé de la guerre. (2) La perspective intra-israélienne va élucider l’échec du Service secret israélien. (3) Dans la perspective de politique de sécurité, on va analyser l’effet dissuasif des armes nucléaires israéliennes. En octobre 2013, cette guerre célèbre son 40e anniversaire. L’offensive égypto-syrienne du 6 octobre 1973 toucha Israël de façon complètement inattendue et poussa les Forces armées israéliennes (Israel Defence Forces, IDF) pour un bref moment et pour la première fois dans l’histoire moderne d’Israël, au bord d’une défaite. Il est vrai que, finalement, du point de vue militaire, les IDF ont réussi à sortir victorieusement de ce conflit, mais l’attaque surprise a quand même assené un coup psychique à Israël, coup dont on peut encore toujours sentir les effets - d’autant plus qu’on fêtait la fête la plus importante, le Yom Kippour (fête de réconciliation) le jour de l’attaque, le seul jour où toute la vie publique en Israël est arrêtée. Ainsi, la Guerre de Yom Kippour est vue jusqu’à nos jours comme l’événement le plus traumatisant de l’histoire contemporaine israélienne. En dépit de la situation de départ peu favorable, la guerre se termine finalement le 24 octobre par une victoire militaire d’Israël. Au front nord, les IDF regagnèrent le contrôle absolu sur le plateau de Golan et pénétrèrent sur le territoire syrien ; ainsi, les banlieues de Damas se trouvèrent à portée de l’artillerie israélienne. Au front de Suez, les IDF avaient encerclé les troupes égyptiennes, et le système de défense antiaérienne fut sur le point de s’effondrer. Néanmoins, l’Egypte avait réussi à retenir deux bandes de terrain étroites au Sinaï. Pendant les premiers jours de la guerre, les IDF étaient quand-même en grande difficulté - raison pour laquelle le nimbus - jusqu’alors - de l’invincibilité des Forces armées israéliennes a reçu quelques éraflures. Néanmoins, les IDF ont fait preuve d’un moral exceptionnel : la rapidité avec laquelle elles ont surmonté l’état de choc causé par l’attaque surprise et, finalement, saisi l’initiative, fut remarquable. Militairement, les IDF ont donc remporté une grande victoire lors de laquelle Israël n’eut pas de victimes civiles à déplorer. Néanmoins, c’e ne fut pas une victoire rapide et élégante comme dans la guerre de Six Jours, mais un succès sanglant et incomplet. Ainsi, la Guerre de Yom Kippour ne fut pas seulement une bataille matérielle d’une envergure gigantesque. En dépit de la victoire militaire israélienne, ce fut le président égyptien Anwar al-Sadat qui gagna le conflit sur le champ politique. Son calcul, à cause duquel il a commencé la guerre, fut finalement couronné de succès : les succès militaires au début de l’attaque surprise ont rétabli la fierté arabe et ont en fait initié un procès politique qui mena d’abord au retrait des IDF du canal de Suez, qui fut fixé dans le Traité de la séparation des forces (1974) et, en fin de compte, se termina par le Traité de paix entre l’Egypte et Israël en 1979 - un résultat qui fut aussi énormément profitable pour Israël parce qu’il mit fin à l’isolation de l’état juif au Proche-Orient.