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Le syndrome d’Achille: comment des sociétés post-héroïques détruisent leurs forces armées

Stephan Maninger

 

La critique publique permanente aux forces armées concernant les contenus de leurs formations et traditions ou concernant leurs opérations, démontre moins rarement des objections justifiées contre des abus que d’un refus croissant du militaire tel quel. Or, la guerre, au moins sous sa forme traditionnelle physique, est un état social, état dans lequel le militaire remplit le rôle de servir sous la primauté de la politique comme l’expression ultime de la volonté politique d’une nation et d’imposer ses intérêts par la force, si besoin est. Cependant, la performance guerrière, le « taux de participation militaire », se limite entre temps à un nombre en diminution de personnes directement impliquées. Cela dépend d’une multitude de facteurs, entre autre du développement technologique et démographique, mais aussi de la distance géographique des zones d’opération. Pour cette raison, la conscience publique vis-à-vis du sujet « guerre » disparaît pendant que, en même temps, la distance mentale et émotionnelle augmente et, par conséquent, les décideurs définissent de plus en plus rarement des buts réalistes et des directives opérationnelles efficaces. Cela contribue, surtout lors des opérations d’investissement, à l’échec militaire et érode ainsi la confiance entre les soldats et la politique. Ce phénomène n’est pas complètement nouveau, mais c’était d’abord Jonathan Shay qui parlait ici d’un « syndrome d’Achille », même si c’était dans un contexte psychologique qui débordait largement le focus politique et de sécurité de cet article. Un aspect qui en est ignoré dans le contexte politique actuel est celui que des soldats peuvent aussi être stressés si le combat leur est refusé dans une opération. Dans des opérations, des conditions-cadre irréelles peuvent être ressenties par des soldats, selon Shay, comme « une trahison de ce qui est juste ». Cela peut engendrer des conséquences pour le moral des soldats en opération, conséquences qui vont jusqu’au refus ou à l’abstention de se battre. Des sociétés modernes constatent donc la nécessité d’interventions militaires, mais en même temps elles s’éloignent mentalement par leur climat politique de plus en plus des nécessités pour leur exécution. Cet article met en lumière la distance croissante entre la réalité à laquelle les soldats sont confrontés pendant des opérations militaires et la société qu’ils servent. Les forces armées ne sont pas un lieu pour des expérimentations sociales – du moins le prix est définitivement trop haut pour cela et est payé sous forme de vies humaines. L’intervention politique exagérée concernant la composition personnelle, les contenus de formation et les directives opérationnelles a des conséquences sur les standards, le moral des troupes, la discipline, les pertes et l’exécution des missions. Certains pays (comme les USA) s’y opposent et ont prouvé dans le passé qu’ils peuvent se recentrer sur des vertus militaires intemporelles. D’autres pays, par contre, conservent l’attitude fondamentale antimilitaire et sous-estiment ou acceptent l’effet négatif sur la disponibilité opérationnelle. Les capacités dont des forces armées doivent disposer dans une ère post-occidentale de menaces complexes de sécurité ne s’orientent pas aux préférences politiques ou idéologiques des décideurs ou aux idées pacifiques de la société civile. Les facteurs décisifs sont plutôt la situation, la mission, et l’adversaire. Celui qui, néanmoins, fait de ses forces armées un jouet d’ingénieurs sociaux et d’idées non qualifiées, risque de provoquer le syndrome d’Achille et met en danger leur disponibilité opérationnelle.