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Le long chemin de l’Allemagne : du pays « consommateur » de sécurité à la politique de défense active, jusqu’au « producteur » de sécurité coopérant à l’internationalImage Modified

Wulf-W. Lapins

(Übersetzt von Felix Funda SIB Ref1/I)

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Le long chemin de l’Allemagne :
du pays « consommateur » de sécurité à
la politique de défense active, jusqu’au
« producteur » de sécurité coopérant
à l’international

Wulf-W. Lapins

 

Du commencement de l’« ancienne » République fédérale d’Allemagne en 1949 jusqu’à sa fin en 1990 où la révolution pacifique a entraîné la formation de l’unité allemande, un spectre a hanté les milieux politiques responsables de la sûreté extérieure de l’Allemagne : le spectre des capacités de défense jugées précaires dans leur fixation sur la perception constante des menaces d’une potentielle attaque militaire soviétique

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Du commencement de l’« ancienne » République fédérale d’Allemagne en 1949 jusqu’à sa fin en 1990 où la révolution pacifique a entraîné la formation de l’unité allemande, un spectre a hanté les milieux politiques responsables de la sûreté extérieure de l’Allemagne : le spectre des capacités de défense jugées précaires dans leur fixation sur la perception constante des menaces d’une potentielle attaque militaire soviétique. Officiellement, la perception des menaces dans les huit livres blancs du ministère fédéral de la Défense publiés entre 1969 et 1985[1]) se reflétait dans des études d’experts allemands en défense de haut niveau politique[2]), parfois de manière alarmiste dans la presse écrite[3]) ainsi que dans des publications de l’ancienne haute autorité militaire de l’OTAN[4]) et d’officiers d’état-major allemands[5]).

C’est en 1969/70 que l’expression « politique de défense » a été officiellement remplacée par la notion de « politique de sécurité ». En 1969, le premier bilan gouvernemental publié était intitulé « Weißbuch zur Verteidigungspolitik der Bundesregierung » (Livre blanc sur la politique de défense du gouvernement fédéral). Un an plus tard, le Livre blanc suivant s’intitulait : « Weißbuch 1970 zur Sicherheit der Bundesrepublik Deutschland und zur Lage der Bundeswehr » (Livre blanc de 1970 sur la sécurité de la République fédérale d’Allemagne et la situation de l’armée allemande). La définition du terme « sécurité », dont il est question dans cet ouvrage, suit cependant encore la concentration traditionnelle sur la politique militaire : « La politique de sécurité  du gouvernement fédéral doit garantir la survie de la République fédérale et ses citoyens (...) Cela dépend du maintien de la paix, de notre liberté de vivre et de notre prospérité, ainsi que de la volonté intacte d’épanouissement personnel pacifique.[6]) (...) La politique de sécurité a un triple intérêt : premièrement, la participation au maintien d’un équilibre militaire stable ; deuxièmement, sur la base de ce maintien, la consolidation de la paix en Europe en surmontant l’opposition est-ouest ; troisièmement, un effort permanent destiné à réduire et contrôler les armements de tous les États. » [7])

En pleine Guerre froide, la notion de sécurité en République fédérale s’est réduite de manière compréhensible et unilatérale à la défense/dissuasion militaire. Pendant la Détente, la formule suivante s’appliquait : défense plus détente égal sécurité.[8])

En revanche, aujourd’hui, la politique de sécurité est comprise comme l’ensemble de toutes les mesures dans le processus d’élaboration de systèmes de prévention et de gestion des crises, conflits et évolutions représentant une menace pour la paix. Dans ce contexte, la notion actuelle élargie de sécurité de la politique de sécurité allemande[9]) comprend plusieurs dimensions, parmi lesquelles :[10])

La notion de sécurité comprend une « dimension matérielle », en plus des perspectives militaires et de la prise en compte de facteurs humanitaires, écologiques et économiques. Le désarmement et le contrôle de l’armement font également partie du contexte de l’aspect militaire.

La « dimension de référence » comme le moyen d’accroître la concentration étatique/sociale en matière de politique de sécurité sur l’homme en tant que valeur de référence.

La « dimension spatiale » comme extension géographique du rapport traditionnel de l’État-nation à la sécurité et des régions limitrophes, pour aboutir à une approche universelle.

La « dimension du risque » comme la rationalisation des défis relevant de la politique de sécurité au regard de l’évaluation qualifiée des mises en danger ou menaces, à la différence d’actes téméraires, d’éventualités ou de risques plutôt indéterminés. Deux autres dimensions non mentionnées par C. Daase constituent la vision élargie de la sécurité qu’ont les Allemands :

La « dimension normative » en tant que base légitimante du recours au pouvoir de l’État ou à la puissance internationale conformément aux principes de l’ONU. Les efforts visant à poursuivre le développement du droit international humanitaire s’inscrivent également dans ce contexte.

Enfin, la « dimension préventive » comme la disposition à agir sur le plan politique rapidement, de manière cohérente et, éventuellement, avec fermeté en cas de détection précoce des conflits.

De vastes recherches, s’appuyant sur un large éventail de sources internationales, ont été menées dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité de la République fédérale d’Allemagne durant la période du conflit est-ouest ainsi qu’après l’unité allemande et les bouleversements et modifications des conditions cadres internationales en résultant[11]).. Dans ce contexte, l’article suivant ne présente donc pas encore un nouveau bilan.

Dans un canevas historique ici présenté de manière relativement peu précise pour des raisons évidentes – sans référence aux théories systémiques sur l’analyse de la politique étrangère[12]) – la politique étrangère et de sécurité de l’État fédéré ouest-allemand fait d’abord l’objet d’un récapitulatif et d’une présentation : Au regard de la seule majorité partielle de la « Bonner Republik »[13]) comme consommateur de sécurité au sein de l’alliance et par l’intermédiaire de celle-ci, les décideurs politiques de l’époque n’avaient pas besoin, ni ne voulaient et ne pouvaient élaborer une stratégie propre formant la politique étrangère et de sécurité.

Il est ensuite brièvement mis en évidence que la « Berliner Republik » qui s’en est suivie[14]) n’a perduré qu’une décennie à peine dans une lassitude stratégique de politique de sécurité. On semblait préférer suivre la devise sous-entendue d’un « continuons comme d’habitude » plutôt que s’efforcer, en s’appuyant sur des valeurs, intérêts, objectifs et moyens communiqués et convenus socialement, à aborder les défis mondiaux relevant de la politique de sécurité pour l’Allemagne avec un concept stratégique, motivé par une volonté d’agir, en tant que producteur de sécurité.

La prévention, le détournement et la maîtrise des conflits, ainsi que le maintien de la paix sous forme de prévention civile des crises ont été pour la première fois intégrés à l’accord de coalition de 1989 et, depuis, représentent formellement une ligne directrice pour la politique étrangère allemande. Toutefois, « la prévention civile des crises n’est pas un domaine politique fermé en soi, mais une orientation politique de fond qui se répercute sur de nombreux champs politiques et domaines d’action du gouvernement fédéral et qui se reflète en eux »[15]). En outre, la prévention civile des crises en tant que telle est uniquement un élément structurel, bien qu’important, de la sécurité étendue.

Compte tenu du poids politique croissant de l’Allemagne, les attentes des partenaires euro-atlantiques augmentent vers la fin de la dernière décennie, mais aussi dans l’ensemble de la communauté internationale, au regard de sa prise de responsabilité accrue pour la prévention des crises et pour les conflits qui ont éclaté, pour l’orientation stratégique, l’élaboration des programmes et l’ambition créatrice au sein des plateformes et instances multilatérales telles que l’ONU, l’UE, l’OTAN et l’OSCE. La responsabilité de l’Allemagne, tel est le plus petit dénominateur commun, ne s’arrête pas aux frontières de l’UE.

Des exemples choisis, comme le Kosovo, l’Afghanistan, la Libye ou le Mali, qui doivent être seulement esquissés ici, illustrent à quel point il est difficile pour les responsables de gérer l’ampleur stratégique exigée de la politique étrangère et de sécurité souveraine allemande, afin d’agir ou de réagir de manière appropriée face à la complexité des intérêts-objectifs-valeurs-buts-positions-potentiels-moyens.

Au vu des discours politiques et des premières décisions de la nouvelle grande coalition, les responsables semblent vouloir trouver la volonté de parvenir à accroître le caractère substantiel des performances et capacités stratégiques.

En fonction de ses revendications et de son format, l’article présenté ici est un « policy paper »/une analyse politique scientifique et ne représente pas une analyse individuelle théorico-méthodique qui, par un procédé empirique, aurait pour but de combler une lacune existante dans la recherche. Le centre d’intérêt[16]) de l’auteur résulte du problème brièvement évoqué ci-dessus : le processus de développement et de transformation du bénéficiaire d’une « culture de la retenue »[17]) dans la politique étrangère et de sécurité allemande sur l’attribution actuellement débattue d’une « culture conceptuelle responsable pour une action civilo-militaire à l’échelle mondiale.[18]) De cette manière, l’auteur souhaite en même temps contribuer au débat nécessaire sur le nouveau renforcement pratique prévisible de la politique étrangère et de sécurité allemande.[19])

 

Souveraineté limitée

En 1969, le politologue Arnulf Baring portait un regard critique sur la naissance de la République fédérale d’Allemagne : « Konrad Adenauer a initié la République fédérale d’Allemagne – voilà un moyen rapide d’identifier le début de la République fédérale d’Allemagne. »[20]) En 2001, en s’appuyant sur des recherches approfondies, Helga Haftendorn donnait des arguments tout aussi virulents : « Ce n’est pas Konrad Adenauer qui est à l’origine de la République fédérale d’Allemagne, mais les alliés ».[21]) C’est de toute façon un fait incontestable : l’État fédéré ouest-allemand a été constitué à titre provisoire. De sa fondation en 1949 à la réunification de l’Allemagne en 1990, il ne possédait qu’une marge de manœuvre limitée sur le plan de la politique étrangère. Le statut des Quatre Puissances par rapport à Berlin et à l’Allemagne dans son ensemble restreignait l’autonomie de chaque gouvernement de Bonn en matière de politique étrangère.[22])

La base de la politique institutionnelle était – et reste – l’ancrage à l’Ouest ainsi que la politique de la réconciliation, en particulier avec Israël. Dans le contexte de l’adhésion à des organisations internationales ainsi que de la politique de détente et de la « Ostpolitik » (politique vers l’Est) acquises de haute lutte sur le plan de la politique intérieure dans les années 1970, la « Bonner Republik » ne cessait de s’impliquer dans les relations internationales. Bonn était de plus en plus perçue et estimée comme un partenaire tenu de maintenir la paix, prêt à apporter son soutien financier, fiable, responsable et dont la politique étrangère pouvait être évaluée. Néanmoins, l’ancienne République fédérale ne disposait pas d’une participation réglementaire responsable sur la scène internationale. Les alliés occidentaux avaient encore trop peur du risque et Bonn était encore trop timide dans sa manière de gouverner. Le premier Secrétaire général de l’OTAN, Lord Hastings Ismay, a mis l’accent sur ce point de rencontre d’intérêts mutuels dans le contexte de la mission et de la fonction de l’OTAN en ces termes : « L’OTAN a l’intention de ne pas laisser sortir les Américains, de ne pas laisser entrer les Russes et de contenir les Allemands. »[23]) Selon les témoins de l’époque, Lord Hastings Ismay disait aussi parfois que l’OTAN voulait « garder les Allemands sous contrôle ».

Pour tous les gouvernements fédéraux antérieurs, l’alliance transatlantique était synonyme de sécurité devant l’Allemagne ainsi que de sécurité pour l’Allemagne et de sécurité avec l’Allemagne. Grâce à l’intégration euro-atlantique, les alliés de l’Ouest accordaient progressivement une plus grande souveraineté au gouvernement de Bonn, presque à titre de prime, pour lui permettre de devenir un acteur de politique étrangère efficace sur le plan opérationnel, sous leur supervision[24]).

Jusqu’à la réunification de l’Allemagne, le rôle de la République fédérale dans la politique étrangère équivalait logiquement à trois principes fondamentaux : « plus jamais », « jamais seul » et « diplomatie et politique au lieu de l’armée ». Dans l’idéal, de telles maximes politiques à connotation positive tout aussi entreprenantes que discrètes sont conformes à un pouvoir civil pacifique[25]). Les élites politiques voulaient représenter un tel pouvoir.

 

La renonciation au pouvoir : une niche ?

Des historiens de renommée internationale et des politologues de la branche conservatrice, comme Hans-Peter Schwarz[26]) ou Christian Hacke[27]), semblaient regretter la perte du pouvoir en tant qu’élément bien ancré dans la politique étrangère allemande. En effet, en 1955, dès lors que Bonn a de nouveau été autorisée à mener une politique étrangère avec une majorité partielle, le pouvoir en tant que notion centrale de la Realpolitik héritée n’était plus la priorité. Puissante dans l’ombre projetée par la force américaine, comme consommateur de sécurité et cultivant soigneusement une forme d’« auto-dénigrement » politique, la force économique de la République fédérale ne cessait toutefois de croître. En 1969, le ministre fédéral de la Défense de l’époque, Helmut Schmidt, voyait déjà son pays comme une « puissance économique mondiale »[28]). Contrairement à la France, l’interdiction de grèves politiques et le renoncement, lié à la politique de puissance, de l’État à intervenir dans l’économie contribuaient essentiellement à l’ascension économique du « capitalisme rhénan ». Pendant des décennies, cette puissance économique a, pour ainsi dire, compensé le traumatisme de la division nationale.

Vers la fin de l’ancienne République fédérale, Dolf Sternberd façonna le concept de « patriotisme constitutionnel »[29]). Jürgen Habermas[30]) le vulgarisa ensuite. Le patriotisme constitutionnel, nouveau récit offert, se réfère à une compréhension républicaine de la nation et en appelait à un rôle de citoyen actif dans l’État constitutionnel avec son grand nombre de droits fondamentaux et valeurs fondamentales, d’institutions et d’organismes de la société civile. Il était le succédané de l’identité brisée par l’histoire du Troisième Reich et de la séparation mais, en fin de compte, de l’absence apparente d’identité dans l’Allemagne de l’Ouest. Les citoyens de la République fédérale d’Allemagne ont puisé leur identité première dans leur force économique et le deutschemark.

La solution du problème allemand, c’est-à-dire le rétablissement de l’unité allemande, l’effondrement de l’U.R.S.S. et la maîtrise du conflit est-ouest qui s’en est logiquement suivi ainsi que la formation d’États-nations souverains en Europe centrale et orientale, a fini par transformer fondamentalement l’architecture de la politique étrangère et de sécurité de la « Berliner Republik » qui s’établissait.

 

L’inquiétude suscitée par le déploiement de la puissance

Ce processus de transformation s’opéra lentement et se poursuit toujours. À la veille de la réunification de l’Allemagne, le 2 octobre 1990, le Président des États-Unis, George Bush, proposa même à l’Allemagne de contribuer à l’avenir activement à la sécurité dans son rôle de dirigeant. « Ensemble, en nous appuyant sur les valeurs que nous partageons, nous dirigerons de concert.“[31]) Le gouvernement fédéral n’a cependant pas saisi cette opportunité. Il ne pensait pas pouvoir relever le défi de gérer la création imminente de l’unité à l’intérieur du pays tout en assurant une fonction de direction politique en Europe. Le gouvernement fédéral craignait surtout le rôle de leader. Christian Hacke, éminent chercheur en politique étrangère, revient sur l’absence de débat politique et extra-parlementaire sur la stratégie convenue durant les premières années de la réunification : « Après 1990, l’Allemagne a manqué l’occasion de passer du statut de consommateur de sécurité passif à celui de producteur de sécurité actif... L’Allemagne faisait rarement preuve d’initiative, agissait d’abord de manière réactive et souvent, comme en Somalie, trop tard et uniquement en réponse à la pression de ses partenaires. Cette attitude post-héroïque a limité l’efficacité de toutes les interventions humanitaires car le souhait d’aider ne correspondait pas à la « disponibilité opérationnelle » nécessaire. »[32])

Au XXe siècle, l’Allemagne a essayé par deux fois de surmonter sa position centrale perçue comme précaire avec la guerre. Grâce à sa réunification, l’Allemagne avait cependant retrouvé sa position centrale historico-géographique et, notamment, le pouvoir central européen. Dans ce contexte, les responsables politiques, les diplomates et les experts en science politique en Europe et dans le monde suivaient les événements attentivement et, parfois, avec inquiétude : la mue de l’« animal » politique domestiqué dans son biotope de la « Bonner Republik » allait-elle faire apparaître l’animal européen dominant de la « Berliner Republik » ? Le Hauptstadtbeschluss (procédure de désignation de la capitale de l’Allemagne après sa réunification) a été voté dès le mois de juin 1991 au Bundestag. Pourtant, le transfert du Parlement et du gouvernement à Berlin n’a eu lieu qu’à l’été 1999. La politique étrangère a donc été façonnée plusieurs années après la politique contemplative de Bonn.

Vers quoi les intérêts, moyens et objectifs de la politique étrangère allemande allaient-ils s’orienter à l’avenir ? L’Allemagne, de nouveau considérée comme la « puissance structurelle dominante en Europe »[33]) et, dans certains cas, comme une « grande puissance influente sur la scène politique internationale[34]), allait-elle bientôt mener à nouveau une politique de pouvoir[35]) ? Ou même allait-elle, comme le Premier ministre britannique de l’époque Margaret Thatcher le craignait, saisir à nouveau l’opportunité historique de s’élever sans scrupule au rang de puissance hégémonique régionale en tant que « Quatrième Reich »[36]) ? Ou l’identité allemande d’après-guerre comme substrat d’une identité européenne conserverait-elle la force de continuer sa politique étrangère du pouvoir civil axée sur la valeur ? Ce que l’on pourrait illustrer avec la métaphore suivante : l’Allemagne reviendrait-elle sur la scène politique internationale à la manière de Goliath ou du paisible Gulliver ? Tant que la question allemande était encore en suspens, la subjectivité de l’Allemagne limitée en matière de droit international a aussi marqué de façon cohérente sa retenue pour la défense des intérêts nationaux dans le contexte de la politique étrangère et de sécurité. Après la réunification de l’Allemagne, les enseignements tirés des catastrophes imputables à l’histoire allemande devaient continuer à se répercuter de manière à brider la politique étrangère allemande.

 

Sage retenue

Durant la Seconde guerre du Golfe, l’Allemagne a renoncé à participer directement aux opérations de combat menées par la coalition alliée pour libérer le Koweït en 1991. Le gouvernement Kohl s’est conformé entièrement au modèle bien connu de l’ancienne République fédérale : il a généreusement financé le conflit armé avec 20 milliards de dollars américains et a fourni des armes. Quelques années plus tard, le Président fédéral Roman Herzog employait l’expression-clé « diplomatie du carnet de chèques »[37]) pour désigner cette attitude qu’il considérait comme un exemple négatif d’une politique étrangère allemande commode.

Le fait de se tenir à l’écart durant la Seconde guerre du Golfe était-il le premier test décisif pour renoncer à la mobilisation de forces après la réunification dans la défense d’intérêts de politique étrangère et de politique de sécurité ? Probablement pas, car l’U.R.S.S. n’avait pas encore ratifié le Traité de Moscou, ou Traité deux-plus-quatre, qui entérinait définitivement le processus de réunification et permettait à l’Allemagne de retrouver sa souveraineté pleine et entière en matière de politique étrangère et de sécurité.

En même temps que la ratification et la guerre du Golfe, une autre coïncidence se produisait : l’intervention sanglante des forces spéciales soviétiques à Vilnius (Lituanie) et à Riga (Lettonie) contre les revendications d’indépendance dans les républiques baltes encore soviétiques[38]). Comme s’en inquiétait le gouvernement de Bonn, une participation de l’armée fédérale à la guerre du Golfe donnerait une impulsion réelle aux avertissements du ministre soviétique des Affaires étrangères de l’époque, Eduard Schewardnadse, avant un coup d’État et ferait donc échouer la ratification[39]). Le 15 mars 1991, l’ambassadeur soviétique Wladislaw Terechow remit l’acte de ratification au ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher en tant que dernier des quatre alliés. Mais, l’échec de la tentative de putsch de Moscou en août 1991 rendit immédiatement aux États baltes leur indépendance et leur souveraineté.

 

Premières affirmations de soi

Avec la marge de manœuvre, désormais totalement souveraine, en matière de politique extérieure, l’Allemagne reconnut dès décembre 1991 la Slovénie et la Croatie comme nouvelles entités de droit international, dans son initiative individuelle diplomatique[40]). Devant la réticence de ses partenaires européens, le gouvernement fédéral décida de franchir cette étape ensemble seulement plus tard, compte tenu du dilemme entre les principes du multilatéralisme européen et de la prévention de la stabilité dans les Balkans occidentaux au profit de ces derniers. Dans un vaste travail de recherche publié en 1998 sur l’identité allemande et la structuration du profil de pouvoir de la politique allemande après la réunification, ce complexe n’était pas encore suffisamment clarifié. Une approche stratégique globale et cohérente n’était pas en vue[41]). Il faut le souligner car, très peu de temps après la réunification, on avait pu détecter les prémices d’une certaine assurance sur les questions de politique étrangère et de sécurité. Les principes directeurs de la politique de défense de 1992 définissaient ainsi « l’Allemagne comme une puissance non nucléaire et une puissance de l’Europe centrale avec des intérêts mondiaux » qu’elle ne « peut toutefois pas défendre seule ». Dans le cadre de ces dispositions de sécurité politique, le gouvernement fédéral de l’époque établit sans fioritures que « les intérêts allemands ne coïncidaient en aucun cas avec les intérêts des alliés et des autres partenaires ». Cela allait assurément encore plus loin : « Les intérêts nationaux étaient donc aussi le point de départ de la politique de sécurité d’un État souverain »[42]).

Il s’agissait d’un rejet visiblement prudent de la vieille maxime de H.-D. Genscher selon laquelle « l’Allemagne n’a aucun intérêt national : l’intérêt européen est l’intérêt allemand »[43]). D’après cette maxime, l’Allemagne défendrait ses intérêts uniquement dans le sillage de l’UE. Pour H.-D. Genscher, la politique extérieure allemande s’érigeait en credo dans la politique européenne. Cette formule dominicale masquait cependant la problématique des autres jours de la semaine : qu’en était-il des positions allemandes en cas d’intérêts divergents entre les membres ?

Même si en 1992 la politique étrangère et de sécurité allemande ressemblait encore à un hologramme en raison de l’absence de compétences conceptuelles, les principes directeurs renvoient à la nécessité de participer davantage à l’international. Après le traité de Maastricht en 1992, la future politique européenne de l’Allemagne devait montrer si son prétendu « oubli du pouvoir » (Hans-Peter Schwarz) avait été cimenté avec les initiatives d’autoréglementation européennes structurelles convenues ici, ou inversement, si, avec l’Europe dans le dos, l’Allemagne était à nouveau en haut de l’escalier autocratique.

Comme bien souvent dans l’histoire, ancienne ou nouvelle, de la République fédérale d’Allemagne, les décisions du Tribunal constitutionnel fédéral exigent des réajustements politiques. C’est aussi le cas avec la décision novatrice du 12 juillet 1994[44]). Elle fournit depuis la base constitutionnelle pour des « missions de maintien de la paix menées par l’armée allemande dans le cadre d’un système de sécurité collective réciproque ». Désormais, chaque intervention des forces armées allemandes à l’étranger nécessite au préalable l’approbation du Bundestag, en tant que réserve d’examen parlementaire. Pour la future politique étrangère et de sécurité, il était essentiel que la cour suprême ne fasse pas de différence entre un système de sécurité collective, généralement l’ONU, et un système de défense collective, généralement l’OTAN (et l’UE selon le traité de Lisbonne du 1er décembre 2009). Si le Traité de Moscou de 1990 avait tout de même la qualité d’un certificat de fin d’apprentissage en politique étrangère et de sécurité, l’arrêt de la Cour constitutionnelle correspondait à cet égard au brevet de maîtrise. Depuis, l’Allemagne peut légalement envoyer ses soldats dans le monde entier dans le cadre d’opérations mandatées par l’ONU, l’OTAN et l’UE. Seule la politique allemande impose des restrictions. Avec l’argument selon lequel la réserve d’examen parlementaire restreint la nécessite flexible et rapide de décider de l’exécutif, les responsables politiques ne cessent de passer à l’offensive afin d’assouplir ou même de supprimer cette réserve[45]). Le commandant adjoint de la « Führungsakademie der Bundeswehr » (Académie de commandement de l’armée allemande) et amiral de flottille (= contre-amiral), Karsten Schneider, objecte à ce sujet : « Les obstacles structurels ne doivent pas être surestimés. La loi sur la participation du Parlement, qui est volontiers considérée comme un obstacle important, n’entrave pas la prise de décisions d’urgence par le gouvernement fédéral. Jusqu’à présent, aucune intervention au Bundestag n’a encore échouée. La valeur de la coresponsabilité parlementaire est désormais reconnue dans des nations plus engagées. »[46])

 

L’histoire en guise de rappel à l’ordre

Après son mandat, Helmut Kohl fit ressortir l’essence du pouvoir pour l’Allemagne dans un contexte historique explicatif. Dans les années 1950, K. Adenauer avait même dit en petit comité : « Nous, les Allemands, avons été des imposteurs en Europe pendant 50 ans. Maintenant, nous devons nous faire discrets au cours des 50 prochaines années. Les 50 ans sont à présent terminés et, malheureusement, certains semblent en profiter. »[47]) Avec ce rappel à l’ordre latent, il pensait vraisemblablement à son successeur à la Chancellerie, Gerhard Schröder. À peine arrivé au pouvoir, il déclara qu’il considérait « depuis longtemps (...) les Allemands comme un peuple normal » et que sa « génération et les générations suivantes devaient pouvoir vivre sans culpabiliser »[48]). Dans un article porteur d’avenir, paru peu de temps après, sur la question du pouvoir dans la politique étrangère allemande, sur les constantes, les facteurs déterminants et les intérêts sous sa direction, il expliqua tout à fait dans l’esprit de la Realpolitik traditionnelle : « Toute politique étrangère est avant tout une politique d’intérêt (...). L’Allemagne est donc bien avisée de se considérer comme une grande puissance en Europe – comme nos voisins le font depuis longtemps – et d’orienter sa politique étrangère en conséquence pour la suivre dans le cadre des structures euro-atlantiques. »[49]) Il importait au chef du gouvernement de rapprocher la politique étrangère et de sécurité allemande des intérêts euro-atlantiques, tout en revendiquant de manière implicite les propres intérêts nationaux de l’Allemagne.

 

Normalité du pouvoir

Avec le double changement au sein du gouvernement (transfert vers Berlin et arrivée de la coalition rouge-verte), une nouvelle génération de responsables politiques fit son entrée sur la scène de la politique étrangère. Pour la génération 68, aguerrie au cours des années de victoires, de défaites et de controverses internes entre les différents courants du parti, le facteur pouvoir était devenu le jumeau de la propre affirmation de la position politique. L’étape vers la reconnaissance du pouvoir – transposé en solide puissance créatrice – comme facteur co-déterminant dans les actions de politique étrangère n’a certes pas été d’une très grande élégance, mais elle ne donnait aucunement l’impression de surplomber un abîme. Si les interventions au Kosovo et en Afghanistan représentent des exemples de participation à l’alliance, l’Allemagne avait cependant encore du mal à définir un profil stratégique global et des intérêts, des missions, des instruments ainsi que des objectifs à moyen et long terme cohérents préalablement énoncés, et à évaluer sa contribution aux deux conflits de guerre[50]). Mais cela n’est pas tellement étonnant. Alors que des partenaires de l’alliance comme les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France s’y connaissent en interventions militaires, l’Allemagne est peu expérimentée dans ce domaine depuis 1945.

La politique étrangère menée par la coalition rouge-verte tenta de repositionner le rôle de l’Allemagne à l’international. Le gouvernement fédéral renonça publiquement à suivre la politique du gouvernement de George W. Bush concernant la guerre contre l’Irak. En s’opposant à l’intervention de l’Allemagne, le gouvernement fédéral remporta les élections. Berlin veillait toutefois à « ne pas figurer dans la liste des ennemis du Pentagone. Des agents du Service fédéral de renseignement ont prêté main-forte aux Américains à Bagdad. Les informations étaient si importantes que les États-Unis auraient préféré déclencher la guerre », dira plus tard un commandant des forces américaines[51]). Il fait référence à une interview de décembre 2008 avec le général de division James « Spider » Marks, officier supérieur du renseignement pendant la guerre en Irak, dans laquelle il a précisé : « Nous avons appris sur la chaîne allemande que les Irakiens commençaient à détruire leurs installations de production pétrolière. Nous avons préféré déclencher la guerre et envoyer les Marines de l’autre côté de la frontière irakienne pour protéger les installations pétrolières. »[52])

Avec l’arrivée au pouvoir de la coalition rouge-verte, le social-démocrate Egon Bahr, adepte de la « Ostpolitik » et inspirateur de la politique de sécurité, libéra le pouvoir de son ancienne obscénité apparente dans le contexte de la politique étrangère allemande : « Le pays, qui est sur le point d’écrire un nouveau chapitre de son histoire nationale, doit se réhabituer au pouvoir. L’habitude du pouvoir est une autre expression pour désigner la normalité. Le pouvoir allemand est la normalité. »[53])

Gerhard Schröder, en revanche, refusa clairement de s’intéresser à la redéfinition d’un « Sonderweg » allemand. Pour lui et son gouvernement, il était évident que l’Allemagne représentait alors la politique étrangère en Europe, pour l’Europe et de l’Europe[54]). En 1999, cette politique européenne fut mise à rude épreuve par la guerre du Kosovo. Contrairement aux déclarations de leurs partis lors de la campagne électorale et aux accords conclus dans le cadre de l’accord de coalition, le Chancelier Gerhard Schröder et son ministre écologiste des Affaires étrangères, Joschka Fischer, avaient participé aux actions militaires en s’appuyant uniquement sur la Charte de l’ONU et avaient pris part, sans mandat de l’ONU, à l’offensive aérienne de l’OTAN contre la Serbie lors de la guerre du Kosovo. Pour justifier le manque de légitimité en regard du droit international, les graves violations des droits de l’homme commises sous le régime de Slobodan Milosevic à l’encontre des Albanais du Kosovo furent donc mises en évidence à la manière de mantras et l’offensive aérienne fut légitimée en vertu de l’application du principe de la responsabilité protectrice (« Responsibility to Protect »).

 

Prévisibilité dans l’alliance

Une étude approfondie des sources officielles des mesures prise par l’Allemagne lors de sa première participation à la guerre depuis 1945 révèle, en revanche, que lors du conflit au Kosovo, il importait bien plus aux deux leaders politiques allemands de rassurer les partenaires de l’OTAN et, en particulier, les États-Unis quant à la fidélité de l’Allemagne à l’alliance. Le premier gouvernement de centre-gauche ne devait pas être perçu par les alliés comme un gouvernement pratiquant une politique de sécurité à contresens. Concrètement, la coalition rouge-verte voulait soutenir les attaques aériennes décidées par le Conseil de l’OTAN pour des raisons de politique nationale[55]).

Deux ans plus tard, il était surtout à nouveau question pour le gouvernement de la fiabilité de l’Allemagne en matière de politique étrangère et de sécurité, avec l’envoi de soldats allemands en Afghanistan. L’engagement on ne peut plus clair et aux allures de serment que Gerhard Schröder a témoigné aux États-Unis après les attentats terroristes du 11 septembre marquait le point de départ d’une « solidarité inconditionnelle »[56]). Cependant, le gouvernement de George W. Bush n’avait demandé dans l’immédiat aucune aide militaire de la part de l’armée allemande. D’ailleurs, comme des recherches approfondies l’ont montré entre-temps, il n’était pas du tout content de l’aide offerte par l’Allemagne[57]). En effet, le profil d’engagement militaire restrictif de l’armée fédérale, alors imposé par la politique allemande, (réserves nationales concernant la mobilisation des forces militaires propres/« military caveats ») limitait considérablement un affrontement direct avec les forces ennemies. À l’inverse, la contribution allemande à la mission de stabilisation militaire (pacification planifiée et reconstruction) se transforma de plus en plus en mission de combat au cours de laquelle des soldats allemands furent tués et blessés.

On ne reprocha pas à ce rendez-vous politico-militaire et aux opérations suivantes menées dans la lutte contre le terrorisme international de créer une rupture avec le concept de pouvoir civil de la politique étrangère[58]). Les deux gouvernements fédéraux sous Gerhard Schröder ainsi que la grande coalition qui s’ensuivit sous Angela Merkel obéirent au principe d’une responsabilité allemande en matière de politique étrangère et de sécurité que l’on était prêt à assumer. Cela n’était naturellement pas désintéressé, car en l’absence d’aide, pas de concertation ni de participation en tant qu’acteur de stature internationale. C’est dans ce sens que l’Allemagne formula également la stratégie européenne civile d’un partenariat de modernisation avec les cinq États d’Asie centrale qui fut adopté sous sa présidence du Conseil de l’UE au premier semestre 2007[59]).

 

Réserve militaire

Dans le cadre de l’accord de coalition (2009-2013), le gouvernement fédéral chrétien-libéral convint d’une ligne directrice dans le contexte des « opérations internationales et des instruments de politique de sécurité allemande » : la « culture de la retenue »[60]). Bien que ce concept ait un rapport avec l’action militaire, le ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle façonna durant son mandat une « culture de la retenue militaire »[61]), sorte de doctrine anti-interventionniste pour la politique étrangère et de sécurité allemande. En conséquence, le 17 mars 2011, lors du vote sur la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU concernant la création d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus du territoire libyen, l’Allemagne s’est abstenue. Une erreur d’appréciation de la flexibilité et de la gestion pragmatique des intérêts nationaux respectifs des cinq membres permanents du Conseil était également responsable de la neutralité allemande lors du vote concernant la Libye. La marginalisation de l’Allemagne n’a néanmoins entraîné aucune violation des obligations règlementaires vis-à-vis de l’alliance. Mais les alliés ne comprenaient pas pourquoi, après l’intervention militaire de l’OTAN dans le conflit libyen, Berlin avait aussitôt retiré tous les navires allemands de l’opération navale menée par l’OTAN en mer Méditerranée dans le but de mettre en œuvre l’embargo sur les armes décidé par le Conseil de sécurité de l’ONU à l’encontre du régime de Kadhafi et avait également mis un terme à sa surveillance aérienne en Méditerranée au moyen d’avions SDCA.

Dans ce contexte, des critiques, parfois vives, furent émises par tous les partis en Allemagne[62]), ainsi qu’à l’étranger où elles se faisaient moins acérées par souci diplomatique[63]). En effet, jusqu’à peu de temps avant le vote, tout portait à croire que si Berlin s’était sentie bien entourée, les États-Unis se seraient abstenus. Pourtant, comme chacun sait, le Président Barack Obama changea d’avis pendant la nuit. Berlin n’y était pas préparée et paraissait isolée dans l’alliance. Les conditions présupposées par l’Allemagne d’un mandat de l’ONU concernant la zone d’exclusion aérienne et l’approbation par la Ligue arabe avaient été remplies. Mais, le gouvernement fédéral n’était pas totalement à l’écart de l’intervention en Libye. Comme il est obligatoire de coopérer dans les états-majors de l’OTAN, les soldats allemands étaient restés dans le quartier général de l’OTAN responsable des frappes aériennes à Naples. Qui plus est, pour le choix des cibles militaires, onze soldats de l’armée de l’air avaient également été détachés là-bas[64]).

Face aux conséquences, dont on ne peut souvent pas estimer la gravité à l’avance, et aux objectifs confus visés sur le plan politique, se comporter d’abord de manière très restrictive lors des interventions humanitaires des alliés soutenues par les militaires reflète, d’un point de vue objectif, l’intérêt national de l’Allemagne. « Si les alliés envoient des porte-avions, l’Allemagne envoie seulement des bureaucrates » : si cette affirmation railleuse parfois émise par les alliés et les partenaires faisait l’objet d’une étude, les causes évoquées seraient sûrement nombreuses. Deux raisons pourraient ressortir selon toute vraisemblance. Il semble y avoir un déficit au niveau de la détection précoce stratégique allemande de la prise de décision politique des partenaires proches, dans le contexte d’une communication trop tardive et incomplète de leur propre position. En outre : « Sous l’influence des alliés, le système gouvernemental de la République fédérale d’Allemagne a déjà été optimisé à de toutes autres fins, comme pour établir un acteur de politique étrangère solide. »[65]) C’est exact mais c’est justement cela qui semble refléter la problématique.

En effet, il semble parfois y avoir un décalage entre la perception que l’on a et celle qu’ont les autres de la marge de manœuvre de l’Allemagne en matière de politique étrangère vis-à-vis de la prise de responsabilité attribuée à soi-même ou escomptée. Alors que les alliés et les organisations internationales attendent souvent de l’Allemagne un engagement solide (ce qui est aussi un signe de confiance), le pays, quand on examine son histoire, donne parfois l’impression de douter de lui-même, de sa capacité et de sa volonté d’honorer le rôle qui lui est confié.

 

Une participation sans intérêts ni plan ?

L’opération au Mali et le complexe syrien révèlent le dilemme de manière presque classique : faute d’une politique étrangère et de sécurité européenne commune, comment concilier les intérêts de l’Allemagne avec ceux des alliés les plus proches, à savoir la France dans ces deux cas ? Après le premier refus, le gouvernement fédéral s’est finalement résolu à assurer une prise en charge logistique du transport aérien et le ravitaillement en vol des appareils, à l’aide d’un Airbus et de trois avions Transall, et à participer au programme de formation militaire multinational de l’UE (résolution 2071 de l’ONU) au Mali. C’est un peu plus qu’une simple politique symbolique et moins qu’un soutien effectif. Officiellement, Paris a fondé son intervention militaire sur son accord bilatéral de défense avec le Mali ainsi que sur la demande du gouvernement de Bamako d’enrayer la progression des combattants islamistes et d’empêcher que l’État d’Afrique occidentale devienne une base d’entraînement et un refuge pour les terroristes. La France a mis en garde sur le fait que cet État pourrait également devenir une menace pour l’Europe. Par ailleurs, avec son intervention, le gouvernement a poursuivi de solides intentions économiques et stratégiques présentant des caractéristiques uniques. « À long terme, la France a intérêt à extraire les richesses naturelles du sous-sol dans la région du Sahel, en particulier le pétrole et l’uranium que le groupe nucléaire français Areva extrait déjà depuis des décennies au Niger, pays voisin. »[66]) À l’inverse, le gouvernement fédéral de Berlin n’avait pas formulé d’objectifs correspondants dans la région et ne possédait pas non plus de stratégie nationale intéressée en Afrique occidentale.

Pour son engagement en matière de politique étrangère et de sécurité, l’Allemagne ne peut donner « carte blanche » (les pleins pouvoirs). Une participation « à la carte » comporte le risque d’interpréter la politique du « Laissez faire les autres », avec pour conséquence d’être mis à l’écart de l’échiquier politique. Il existe une telle possibilité latente sur la façon dont on pourrait réagir à l’attaque chimique du 21 août 2013 dans une banlieue de Damas. Le Président français François Hollande, le Premier ministre britannique David Cameron ainsi que le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel soutenaient une action militaire contre le régime de Bachar Al-Assad en Syrie, même si Londres ne pouvait y participer après le rejet par la Chambre des communes britannique du projet d’intervention militaire en Syrie. Le gouvernement fédéral allemand a laissé le soin à son porte-parole d’expliquer : « Une attaque à l’arme chimique aussi cruelle contre des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants est un crime et une violation des normes internationales qui ne peut pas rester sans conséquence. »[67]) Le ministre des Affaires étrangères exigeait également une réponse sans équivoque de la part de la communauté internationale : « Si une telle intervention se confirme, la communauté internationale devra agir. L’Allemagne devra alors faire partie de ceux qui considèrent les conséquences comme justes. »[68])

Pourtant, Berlin s’est tu au sujet de l’implication concrète qui reliait la politique allemande à celles-ci. Le ministre allemand des Affaires étrangères exclut d’entrée une participation militaire de l’armée fédérale. « Une telle participation n’a pas été demandée et nous ne l’envisageons pas non plus. »[69]) En défendant cette position, il partageait néanmoins l’avis du candidat à la chancellerie du SPD, Peer Steinbrück, ainsi que celui de la majorité de la population allemande qui refusait à 69 % une action militaire contre le régime de Bachar Al-Assad[70]). Bien sûr, juste avant les élections au Bundestag, aucune force politique ne souhaitait s’exposer en soutenant des opérations militaires répressives, compte tenu du climat de politique intérieure très nettement pacifiste. Mais où en est l’engagement pour le devoir, l’assistance et les tâches incombant au gouvernement ? « L’Allemagne est consciente de sa responsabilité dans le monde » et est prête à « assumer sa responsabilité »[71]). Cette revendication sans cesse soulignée dans ce contexte à l’occasion de débats parlementaires en séance plénière ou de grands discours n’a aucunement le caractère d’un dicton calendaire uniquement politique. Depuis des années, la prise de responsabilité fait partie intégrante de l’élaboration de la politique allemande.

 

Engagement humanitaire important et encourageant la sécurité

On sait que, dans l’ancienne République fédérale, ses forces armées ont déjà participé plusieurs fois à des opérations d’aide en cas de catastrophe, la plupart du temps lors de séismes, comme au Maroc en 1960, en Italie en 1976 et en 1980, ainsi qu’en Iran en 1990. Elles ont ensuite lutté contre les famines qui ont touché le Biafra en 1968 et l’Éthiopie en 1984. En Namibie, où elles sont intervenues en 1988 et 1989, leur mission consistait à garantir des élections libres et équitables.

La liste des opérations extérieures, terminées et encore en cours, menées par l’armée fédérale après la réunification de l’Allemagne est beaucoup plus longue. Voici quelques exemples de ces opérations : en 1991, dans le cadre de l’aide de l’OTAN à la Turquie pendant la crise du Golfe et la guerre qui a suivi, l’armée fédérale a transféré l’escadrille de missiles antiaériens 2 à Diyarbakır pour protéger la ville contre de potentielles attaques irakiennes. Par la suite, la marine allemande a réalisé une opération de déminage dans le Golfe persique. Au cours de cette même année, l’armée allemande a porté secours aux réfugiés kurdes en Turquie et en Iran et a assuré, jusqu’en 1993, l’assistance médicale du personnel de l’ONU au Cambodge. En Somalie ravagée par la guerre civile, l’armée fédérale a d’abord participé en 1992 au pont aérien d’aide alimentaire d’urgence pour faire face à la situation de famine. De 1993 à 1994, une unité de soutien a ensuite été déployée dans le cadre d’une opération de stabilisation mandatée par l’ONU et visant à instaurer et à maintenir la paix. L’armée a également opéré d’autres missions d’assistance humanitaire telles que l’approvisionnement alimentaire au Rwanda en 1994 et l’évacuation de civils de l’Albanie en 1997 et de la Libye en 2011.

La première opération militaire menée de manière autonome par l’UE dans le cadre multilatéral a eu lieu en 2006 en République démocratique du Congo. Pour répondre aux demandes d’aide de l’ONU, il a fallu assurer les premières élections législatives et présidentielles libres. La mission militaire a été commandée par le Général allemand Karlheinz Viereck. L’Allemagne a participé en envoyant 780 soldats de son armée. Au travers de cet engagement, l’UE voulait et pouvait également démontrer que, sans recourir aux capacités de l’OTAN et des États-Unis, elle était capable de déplacer de manière autonome ses troupes dans des zones reculées et d’intervenir avec ses propres groupements tactiques. La marine allemande participe aussi à l’opération « Active Endeavour », mandatée par l’ONU et menée par l’OTAN, dans le but de surveiller l’espace maritime et de repérer les activités terroristes dans tout le bassin méditerranéen.

Depuis janvier 2013, dans le cadre de l’opération « Active Fence », deux batteries allemandes de défense antimissile Patriot, situées à Kahramanmaraş en Turquie à environ 100 km de la frontière syrienne, protègent la Turquie contre d’éventuelles attaques de missiles syriens de courte portée.

 

Différentes cultures de la sécurité

La volonté de responsabilité humanitaire allemande et, par conséquent, l’engagement pour la prévention des conflits et la réhabilitation post-conflit sont visiblement très importants. En ce qui concerne l’aide humanitaire, Berlin est tout sauf un simple spectateur sur la scène internationale. Cependant, le grand allié transatlantique émet toujours des doutes réels, présumés ou uniquement prétextés sur le fait que l’Allemagne ne retombe pas dans ses travers et ne soit pas parfois tentée de suivre une voie spéciale. Cette fois-ci non pas par l’expression de sa force militaire, mais par une approche diamétralement opposée de la mentalité civile. De telles supputations relayées par les médias étrangers de manière régulière et fiable, comme les informations sur le yéti dans l’Himalaya, résultent manifestement des autres cultures en matière de stratégie de sécurité et, en particulier, de l’importance croissante la responsabilité protectrice (« Responsibility to Protect »[72])) dans leurs politiques étrangères et de sécurité. En Grande-Bretagne, en France et spécialement aux États-Unis, une très grande importance est tout naturellement attribuée à l’armée dans l’application des intérêts de politique étrangère. Des valeurs économiques, la portée humanitaire et l’utilité des opérations répressives vont souvent de pair ici.

La situation en Allemagne est différente. Le concept de sécurité en réseau ouvre ici des perspectives. Des instruments et moyens diplomatiques, la coopération à la politique de développement, l’aide économique, la police et les forces armées forment une approche politique globale. La mobilisation des forces armées pour des missions de combat est toujours décidée en dernier recours et doit, si possible, être évitée. Dans la gestion d’un conflit, il s’agit du troisième et dernier niveau de gravité appelant à réagir en cas de crise. Londres et Paris suivent une approche politique plutôt pragmatique. Ce que l’on perçoit à l’étranger comme l’hésitation et la réticence de l’armée fédérale à participer aux missions de combat, surtout quant à la responsabilité protectrice (« Responsibility to Protect »), est essentiellement dû à la réserve d’examen parlementaire exposée en Allemagne. À cela s’ajoutent de vastes concertations ministérielles nécessaires avec leurs intérêts propres ainsi que d’éventuels doutes. Par rapport aux engagements pris et aux obligations assumées, l’Allemagne est néanmoins toujours fiable.

 

Volonté d’initiative et de prise de responsabilité

S’agit-il du résultat de la volonté de responsabilité affichée par des leaders politiques allemands, mais aussi d’une volonté d’agir sous-jacente et dans quelle mesure ? Ce n’est pas sans raison que le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski déclarait dans son discours d’orientation européen à Berlin en novembre 2011 : « Je redoute moins le pouvoir allemand que l’inaction allemande. L’Allemagne est devenue une nation indispensable en Europe. Elle ne doit pas faillir à sa mission de direction. Elle ne doit pas dominer, mais diriger en instaurant des réformes. »[73]) Ce n’était pas le seul « appel » lancé par les alliés pour inciter l’Allemagne à prendre davantage d’initiatives. Mais le fait qu’il ait été lancé publiquement par la Pologne était d’autant plus surprenant et méritait forcément réflexion. Qu’elle le veuille ou non, l’Allemagne qui représente le pouvoir central en Europe est un phare montrant l’orientation politique à suivre pour ses voisins et partenaires. Berlin dispose de suffisamment de personnes favorables à sa stratégie pour ouvrir des perspectives et donner de l’élan aux réformes de l’Europe, mais aussi pour faire face aux écarts, temps morts et autres périodes de stagnation. L’Allemagne a besoin de l’Europe de la même manière que l’Europe est dépendante de l’Allemagne.

En 2013, à l’occasion de la célébration de la Journée de l’Unité allemande, le Président fédéral Joachim Gauck a clairement fait appel à la conscience du gouvernement et de la classe politique : « Notre pays n’est pas une île. Nous ne devons pas nous bercer d’illusions en pensant que nous pouvons être épargnés par les conflits politiques et économiques, écologiques et militaires si nous ne prenons pas part à leur résolution. Je ne peux pas imaginer que l’Allemagne se mette en valeur pour donner des leçons aux autres. Mais je peux encore moins imaginer que l’Allemagne se fasse toute petite pour contourner les risques et refuser toute forme de solidarité. »[74]) En d’autres termes, le Président fédéral Joachim Gauck invitait l’Allemagne à pratiquer une politique étrangère et de sécurité plus audacieuse. Le nouveau gouvernement fédéral semble en avoir le courage.

Dès son arrivée au gouvernement le 16/12/2013, la grande coalition formée par la CDU/CSU et le SPD manifesta clairement sa volonté de remettre l’accent sur la politique étrangère et de sécurité allemande. Premier signe visible de cette volonté : la formule de la « culture de la retenue » ne fut pas reprise dans l’accord de coalition, sans compter que l’une des premières actions du nouveau ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, fut de donner son accord pour la destruction d’armes chimiques syriennes dans des installations d’élimination fédérales à Munster. Son prédécesseur, Guido Westerwelle, l’avait catégoriquement refusé, craignant un éventuel mouvement protestataire de la population.

Rétrospectivement, les propos tenus par le Président fédéral en 2011 étaient le schéma directeur de son discours inaugural élaboré comme un discours d’orientation de politique étrangère et de sécurité[75]) à la Conférence de Munich sur la sécurité, le 31 janvier 2014. À l’occasion de ce forum international unique, il était sûr d’avoir l’attention des responsables politiques allemands pour exiger d’eux une plus grande prise de responsabilité « en vue de devenir les garants de l’ordre et de la sécurité internationaux ». Au regard de la participation à la gestion de la prévention internationale des conflits, il insista sur ce point : « En tant que bon partenaire, la République fédérale devrait s’impliquer plus tôt, de manière plus résolue et substantielle. » En ce qui concerne la protection des droits de l’homme et l’État de droit, elle devrait « continuer d’avancer avec plus de détermination pour former et maintenir le cadre réglementaire de l’Union européenne, de l’OTAN et des Nations unies ». Pour les responsables politiques, cela signifie une invitation claire à coopérer.

Les nouveaux dirigeants à l’Office des Affaires étrangères et au Ministère fédéral de la Défense, Frank-Walter Steinmeier et Ursula von der Leyen, sont visiblement disposés à agir. Même leurs premières prises de position publiques témoignent de la congénialité politique. « Avec la mondialisation, les conflits éloignés se rapprochent de l’Europe (...) Aucune crise ne peut être résolue qu’avec des moyens militaires. Quand on s’engage, on doit faire avancer la solution politique. (...)Mais l’Europe ne joue pas le jeu des forces mondiales lorsque les uns font toujours preuve d’une certaine retenue et que les autres avancent sans coordination. »[76]) Quelques jours plus tard, F.-W. Steinmeier donna un point de vue concordant : « Aussi juste soit-elle, une politique de retenue militaire ne doit pas être mal comprise et perçue comme une philosophie de mise à l’écart. L’Allemagne est trop grande pour ne faire que commenter la politique mondiale. Il s’agit de politique étrangère active. À juste titre, on s’attend à ce que nous intervenions et à ce que nous traitions les conflits le plus tôt possible. (...) Les grands conflits se sont rapprochés de l’Europe et leurs conséquences se font aussi sentir directement en Allemagne. »[77])

Après l’Afghanistan, l’Afrique est désormais au centre de la politique étrangère et de sécurité allemande. De vastes régions sur ce continent sont confrontées à la tyrannie, à des conflits ethnopolitiques et à la paupérisation qui sont notamment dus à l’invasion, sur les marchés intérieurs, de produits agricoles subventionnés par l’UE. L’instabilité politique et la défaillance de l’État créent dans ces régions une pression migratoire et un exode massif par la mer Méditerranée. Cela nécessite une action humanitaire européenne et une prévention des crises. Comme le Président fédéral Joachim Gauck, Franck-Walter Steinmeier, ministre des Affaires étrangères, a préalablement admis lors de la Conférence de Munich sur la sécurité : « En matière de politique étrangère et de sécurité, l’Allemagne doit être prête à s’engager plus tôt, de manière plus résolue et substantielle. »[78]) Il s’agit d’un véritable plaidoyer en faveur d’une politique élaborée de manière prospective, axée sur le dialogue et encline à la prise d’initiatives. L’Allemagne envisage donc de délaisser sa politique actuelle plutôt réactive au profit d’une politique structurelle globale en matière de politique étrangère et de sécurité, ainsi que dans son rôle de contributeur à l’ordre mondial.

Les deux premières concrétisations de la revendication déclarée concernent l’engagement en Afrique. Le 13 février 2014, le Parlement allemand a approuvé la mise à disposition d’effectifs supplémentaires pour l’expansion la mission de formation de l’UE (EUTM) au Mali, visant à accroître le nombre de soldats allemands armés de 180 à 250. De plus, en guise de contribution allemande à la « Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA) », le ministère de la Défense fournira les capacités nécessaires pour le transport aérien des forces armées françaises vers et à l’intérieur du Mali, ainsi que pour le ravitaillement en vol des avions de combat français, et ce en mobilisant jusqu’à 150 militaires armés de l’armée allemande. À l’heure actuelle, la France a déployé quelque 3 200 soldats au Mali. Toutefois, dès le mois de décembre 2014, la Chancelière Angela Merkel excluait catégoriquement toute participation de l’armée fédérale aux missions de combat. On saurait alors si cette détermination allait perdurer dans le cas où les conditions de sécurité sur place se dégraderaient potentiellement de manière fulgurante.

L’aide décidée pour les partenaires dans leur engagement au Mali ne constituait que le point de départ du support de sécurité en Afrique. « Au ministère de la Défense, les plans destinés à faire participer des soldats allemands à l’EUTM dans la capitale somalienne de Mogadiscio se concrétisent. »[79]) Mais, on ne connaît pas encore avec certitude la portée et l’étendue des missions qui suivront. Toutefois, il ne faut pas s’attendre à de grandes avancées de l’Allemagne en matière de politique de sécurité, ni par ailleurs à des actions menées de manière non structurées dans ce domaine.

Actuellement, la politique étrangère et de sécurité émerge de la pénombre du passé souvent porteur de doutes et s’oriente vers un avenir où chacun est disposé à assumer ses responsabilités. Les efforts fournis avec succès par F.-W. Steinmeier à Kiev, conjointement avec ses homologues du « Triangle de Weimar » Laurent Fabius (France) et Radosław Sikorski (Pologne), pour un accord de perspective politique entre le président ukrainien Viktor Ianoukovitch et l’opposition suite à l’escalade de la violence sur la place de l’Indépendance les 18 et 19 février 2014 vont dans ce sens. Berlin est désormais co-responsable de la stabilisation de l’Ukraine qui constitue une mission de politique étrangère.

 

Débat critique exigé

Une stratégie d’organisation viable nécessite surtout un bon financement. À la manière d’un « muscle cardiaque », la politique étrangère et de sécurité allemande, la coopération au développement, la justice et les affaires intérieures – la structure de la justice et l’aide de la police sont ici les mots-clés – devraient être davantage mises en relation. C’est un devoir gouvernemental.

La société a le devoir de mener un débat critique avec les responsables politiques sur la réorientation de la politique étrangère et de sécurité allemande. Les trois points ci-dessous doivent faire l’objet d’une attention toute particulière :

1. Le pouvoir de l’Allemagne en Europe correspond, en fait, à celui des États-Unis au sein de l’OTAN. L’exercice similaire d’un pouvoir n’est cependant pas dans l’intérêt des Allemands et ne doit pas être repris sous la pression. Pour les États européens, les États-Unis ont toujours été sur le continent un « réassureur » ainsi que l’acteur de l’équilibrage du pouvoir – mais jamais de manière désintéressée. Les Américains sont de moins en moins enclins à assumer la responsabilité permanente de l’Europe. L’Allemagne a l’obligation d’accepter son rôle croissant de manière fiable et consciencieuse. En d’autres termes, dans le cadre d’une collaboration de confiance par le dialogue, la concertation des partenaires, la recherche de compromis après la fusion de différents postes, la transparence des processus décisionnels ainsi que l’intégration des plus petits États membres de l’UE, Berlin consoliderait l’unité politique de la communauté afin de permettre à Bruxelles, dans son rôle d’acteur indépendant, de participer à la politique internationale de manière réfléchie et crédible.

2. La contribution de l’Allemagne à la constitution de la Cour pénale internationale a été exemplaire pour ses investissements dans le développement de l’ordre juridique international. Avec un engagement comparable, la politique allemande devrait œuvrer pour le développement de la responsabilité protectrice (« Responsibility to Protect ») en tant que future norme de droit international visant à l’application des libertés et des droits de l’homme. Il faudrait mettre l’accent sur le développement et la consolidation de la responsabilité de protéger à titre préventif.

3. Pour que l’UE puisse réellement jouer, dans l’ordre juridique international, un rôle substantiel d’acteur « à une voix », engagé dans la justice, la stabilité et la paix, le principe valable d’intergouvernementalité doit être abandonné dans le domaine de la politique étrangère et de sécurité au profit de la supranationalité. Grâce à ses efforts visant à réorganiser l’UE, l’Allemagne enverrait un signal important à cet égard.

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REMARQUES :


[1]) Après la fin de l’U.R.S.S. comme entité de droit international, par décision du Soviet suprême du 26/12/1991, et la dissolution des structures militaires du pacte/traité le 31/03/1991 ainsi que de son abolition définitive le 01/07/1991, les deux autres livres blancs publiés en 1994 et 2006 se sont penchés sur des défis mondiaux dans le domaine de la politique de sécurité. Frank Umbach propose une étude approfondie de la politique militaire et de la stratégie soviétiques, ainsi que du pacte/traité de Varsovie : Das rote Bündnis. Entwicklung und Zerfall des Warschauer Paktes 1955-1991. Berlin 2005.

[2]) cf. un exemple à ce sujet : Helmut Schmidt : Verteidigung oder Vergeltung. Ein deutscher Beitrag zum strategischen Problem der Nato. Stuttgart 1961.

[3]) cf. un exemple à ce sujet : Bedingt abwehrbereit. Der Spiegel no 41/1962, p. 32-53. Au sujet de la vaste étude scientifique sur la problématique de la perception dans les médias au cours des années 1970 et 1980, voir Gottfried Linn/Wulf-Winrich Lapins : Sowjetische Außen- und Militärpolitik im Spiegel der westdeutschen Presse. Bad Godesberg 1985.

[4]) cf. un exemple à ce sujet : Robert Close : Europa ohne Verteidigung? 48 Stunden, die das Gesicht der Welt verändern. Bad Honnef 1977 ; Sir John Hackett : Der Dritte Weltkrieg. Hauptschauplatz Deutschland. Gütersloh 1978.

[5]) cf. Dieter Farwick/Gerhard Hubatschek : Die strategische Erpressung. Eine sicherheitspolitische Analyse. Munich 1982.

[6]) À ce sujet, Richard Löwenthal a marqué de son empreinte la formule facile à retenir « Freiheit der Eigenentwicklung » (liberté du développement personnel). cf. ibid. : Freiheit der Eigenentwicklung. Dans : Ulrich Scheuner (éd.) Außenpolitische Perspektiven des westdeutschen Staates, tome 1 Das Ende des Provisoriums, Munich/Vienne 1971, p. 11-15.

[7]) Ibidem, p. 3 ; la concentration sur la nécessité de l’équilibre militaire porte sûrement la signature de Helmut Schmidt, ministre fédéral de la Défense de l’époque et auteur du livre publié deux ans plus tôt : Strategie des Gleichgewichts. Deutsche Friedenspolitik und die Weltmächte. Stuttgart 1969.

[8]) cf. Günter Walpuski : Verteidigung + Entspannung = Sicherheit. Bonn-Bad Godesberg 1973 avec les éditions complémentaires de 1975 et 1984.

[9]) Ce concept de sécurité élargi dans toute sa dimension n’est cependant pas la raison d’être de la politique de sécurité des États membres de l’OTAN.

[10]) cf. Christopher Daase : Der erweiterte Sicherheitsbegriff. Dans : Mir A. Ferdowsi (éd.) Internationale Politik als Überlebensstrategie. Munich 2009, p. 137-153 ; document officiel à ce sujet : Ministère fédéral de la Défense (éd.) Livre blanc 2006 sur la politique de sécurité de l’Allemagne et sur l’avenir de l’armée fédérale, p. 8-13. Les principes directeurs de la politique de défense (Verteidigungspolitische Richtlinien/VPR) contraignants de mai 2011 se présentent sous la forme d’un document de principe conceptuel pour la politique de défense et définissent les axiomes et points de vue concernant les valeurs, les intérêts, les objectifs, la mission, les tâches et les capacités. Compte tenu de la dynamique de politique de sécurité, le Livre blanc et les VPR seront sans nul doute bientôt adaptés aux nouvelles réalités.

[11]) Dans la vaste gamme de présentations indicatives issues d’écrits internationaux et nationaux, il convient de mentionner ici, uniquement à titre d’exemple, les publications germanophones suivantes destinées à des lecteurs allemands : Waldemar Besson : Die Außenpolitik der Bundesrepublik. Erfahrungen und Maßstäbe. Munich 1970 ; Ulrich Scheuner et al.(éd.) : Außenpolitische Perspektiven des westdeutschen Staates. Munich/Vienne, tome 1 (1971) Das Ende des Provisoriums, tome 2 (1972) Das Vordringen neuer Kräfte, tome 3 (1972) Der Zwang zur Partnerschaft ; Richard Löwenthal : Vom kalten Krieg zur Ostpolitik. Stuttgart 1974; Klaus-Dieter Schwarz : Sicherheitspolitik. Analysen zur politischen und militärischen Sicherheit. Bad Honnef 1981 ; Wilfried von Bredow/Thomas Jäger : Neue deutsche Außenpolitik. Nationale Interessen in internationalen Beziehungen. Opladen 1993 ; Karl Kaiser et al. (éd.) : Deutschlands neue Außenpolitik, Munich, tome 1 (1994) Grundlagen, tome 2 (1995) Herausforderungen, tome 3 ( 1996) Interessen und Strategien, tome 4 (1998) Institutionen und Ressourcen ; Hans-Peter-Schwarz : Die Zentralmacht Europas. Deutschlands Rückkehr auf die Weltbühne. Berlin 1994 ; Wolfram Hanrieder : Deutschland, Europa, Amerika, Die Außenpolitik der Bundesrepublik Deutschland 1949-1994. Paderborn 1995 ; Gregor Schöllgen : Die Außenpolitik der Bundesrepublik Deutschland. Von den Anfängen bis zur Gegenwart. Stuttgart 1999 ; Ekkehart Krippendorff : Kritik der Außenpolitik. Francfort/M. 2000 ; Helga Haftendorn : Deutsche Außenpolitik zwischen Selbstbeschränkung und Selbstbehauptung 1945-2000. Stuttgart/Munich 2001 ; Christian Hacke : Die Außenpolitik der Bundesrepublik Deutschland. Weltmacht wider Willen? Frankfort/M./Berlin 2003 ; Gunther Hellmann et al. (éd.) : Deutsche Außenpolitik. Eine Einführung. Wiesbaden 2006 ; Siegmar Schmidt/Gunter Hellmann/Reinhard Wolf (éd.) : Handbuch zur Deutschen Außenpolitik. Wiesbaden 2007.

[12]) Exemples de théories : réalisme néoclassique (entre autres Gottfried-Karl Kindermann et Werner Link) ; théorie d’interdépendance (entre autres Richard Rosecrance) ou institutionnalisme libéral (entre autres Robert Keohane et Robert Nye) ; constructivisme (entre autres Alexander Wendt et Thomas Risse).

[13]) Dans les années 1950 et 1960, « Bonn » a servi d’antithèse démocratico-politique à l’instabilité politique de « Weimar ». cf. Fritz René Allemann : Bonn ist nicht Weimar. Cologne 1956 ; voir aussi Karl-Dietrich Bracher : Wird Bonn doch Weimar? Der Spiegel no 12/1967, pages 60-68. La « Bonner Republik » incarnait la stabilité intérieure, la démocratie, le libéralisme, la prospérité ainsi que l’ancrage à l’Ouest et la prévisibilité de la politique extérieure.

[14]) La métaphore « Berliner Republik » incarnait d’abord un nouveau départ incertain vers l’unité. cf. Gunter Hofmann : Das Wagnis eines späten Neuanfangs. Wird aus der Bonner Republik eine Berliner Republik - und was würde dies bedeuten? Die Zeit no 27/1991, p. 3 ; pour comparer deux typologies de la République, voir Johannes Gross : Begründung der Berliner Republik. Deutschland am Ende des 20. Jahrhunderts. Stuttgart 1995.

[15]) Rapport du gouvernement fédéral sur la mise en œuvre du plan d’action « Prévention civile des crises, résolution des conflits et consolidation de la paix », période couverte par le rapport : mai 2008 à avril 2010. Berlin 2010, p. 6.

[16]) « La reconnaissance requiert la volonté de savoir quelque chose sur le déroulement des processus naturels ou sociaux pour pouvoir comprendre et expliquer plus clairement et agir plus rationnellement ; au regard des processus sociaux et naturels, cela représente même un accès formateur. La reconnaissance détermine en grande partie ce que l’on peut expérimenter. » Wolf-Dieter Narr : Logik der Politikwissenschaft - eine propädeutische Skizze. Dans : Gisela Kress/Dieter Senghaas (éd.) : Politikwissenschaft. Eine Einführung in ihre Probleme. Francfort/M. 1972, p. 13.

[17]) « Une sorte d’autoprivilégisation peut donc résulter de la retenue (...) La République fédérale passe progressivement du statut de bénéficiaire à celui de garant de l’ordre et de la sécurité internationaux. » Discours du Président fédéral Joachim Gauck le 31/01/2014 à l’occasion de la 50è Conférence de Munich sur la sécurité : « Le rôle de l’Allemagne dans le monde : remarques sur la responsabilité, les normes et les alliances ».

[18]) « L’Allemagne ne soutiendra jamais des solutions purement militaires, elle suivra une politique prudente et exploitera toutes les possibilités diplomatiques. Mais au moment d’évoquer le cas le plus extrême, à savoir le déploiement de l’armée fédérale, l’Allemagne ne peut ni refuser par principe ni accepter par réflexe. » Ibidem.

[19]) Les deux présentations les plus récentes auront une influence sur ce débat : Stiftung Wissenschaft und Politik (Fondation Science et Politique)/The German Marshall Fund of the United States (éd.) Neue Macht. Neue Verantwortung, s.l. (Berlin) s.d. (octobre 2013) ainsi que Friedrich Ebert Stiftung/Politikanalyse (éd.) : Die deutsche Sicherheitspolitik braucht mehr Strategiefähigkeit. Berlin janvier 2014.

[20]) Arnulf Baring : Außenpolitik in Adenauers Kanzlerdemokratie. Bonns Beitrag zur Europäischen Verteidigungsgemeinschaft. Munich 1969, p. 1.

[21]) Helga Haftendorf : Deutsche Außenpolitik zwischen Selbstbeschränkung und Selbstbehauptung (cf. note 11), p. 17 ; Dès 1970, Waldemar Besson estimait que la République fédérale était le « fruit de la stratégie américaine ». Dans : Die Außenpolitik der Bundesrepublik. Erfahrungen und Maßstäbe. Munich 1970, p. 445.

[22]) Ce n’est qu’avec le « Traité portant sur le règlement définitif concernant l’Allemagne du 12 septembre 1990 » que la République fédérale d’Allemagne obtint sa complète souveraineté en politique étrangère. Bulletin no 109/p. 1153, Bonn 14 septembre 1990.

[23]) David Reynolds : The Origins of the cold war in Europe. International Perspectives, Yale University Press 1994, p. 13.

[24]) cf. Timothy Garton Ash : Im Namen Europas - Deutschland und der geteilte Kontinent. Francfort/M. 1995, p. 38.

[25]) En 1990, Hanns W. Maull a reporté la notion de pouvoir civil, qui caractérisait les relations extérieures de la CE dans les années 1970, au continuum de la politique étrangère de l’Allemagne de l’ouest. Ibid. Japan, Deutschland und die Zukunft der internationalen Politik. Dans : Jochen Thieß/Günther van Well (éd.) : Auf der Suche nach der Gestalt Europas. Festschrift für Wolfgang Wagner. Bonn 1990, p. 182 et suivantes.

[26]) Hans-Peter Schwarz : Die gezähmten Deutschen. Von der Machtbesessenheit zur Machtvergessenheit. Stuttgart 1985.

[27]) Christian Hacke : Nationales Interesse als Handlungsmaxime für die Außenpolitik. Dans : Karl Kaiser/Christian Krause (éd.) : Deutschlands neue Außenpolitik, tome 3, Munich 1996, p. 3 et suivantes.

[28]) Helmut Schmidt : Strategie des Gleichgewichts, (cf. note 7) p. 236.

[29]) Dolf Sternberger : Verfassungspatriotismus. Francfort/M. 1990.

[30]) Jürgen Habermas : Staatsbürgerschaft und nationale Identität. In : ibid. Faktizität und Geltung. Francfort/M. 1992.

[31]) Discours au peuple allemand sur la réunification de l’Allemagne. usa.usembassy.de/etexts/ga6-901002.htm.

[32]) Christian Hacke : Deutschland und der Libyen-Konflikt. Zivilmacht ohne Zivilcourage-Essay. Aus Politik und Zeitgeschichte 39/2011.

[33]) Wolfram F. Hanrieder : Deutschland-Europa-Amerika. (cf. note 11), p. 125.

[34]) Gregor Schöllgen : Zehn Jahre als europäische Großmacht. Aus Politik und Zeitgeschichte, B 24/2000, p. 1.

[35]) Parmi les auteurs ayant plaidé pour cet argument figurent Hans-Peter Schwarz : Die Zentralmacht Europa. (cf 11) ; Arnulf Baring (éd.) : Germany’s New Position in Europe. Problems and Perspectives. Oxford Press 1994 ; Gregor Schöllgen : Angst vor der Macht. Die Deutschen und ihre Außenpolitik. Berlin 1993.

[36]) Wer sind die Deutschen? Protokoll eines Treffens zwischen der britischen Premierministerin Margaret Thatcher und Deutschlandexperten. Der Spiegel no 29/1990, p. 109-112.

[37]) Discours du Président fédéral Roman Herzog à la cérémonie du 40è anniversaire de la fondation de la Société allemande de politique étrangère. Bulletin de l’Office de presse et d’information du Gouvernement fédéral, no 20, 15/03/1995, p. 164.

[38]) cf. Gunnar Farbe : Deutsche Russlandpolitik und das Baltikum: 1990-98. Dissertation. Université de Kiel 2002, p. 184 et suivantes.

[39]) cf. Hans-Dietrich Genscher : Erinnerungen. Berlin 1995, p. 906.

[40]) cf. Michèle Knodt : Europäisierung: Eine Strategie der Selbstbehauptung? Dans : Michèle Knodt/Beate Kohler-Koch (éd.) : Deutschland zwischen Europäisierung und Selbstbehauptung. Francfort/New York 2000, p. 38.

[41]) cf. Andrei Markowitz/Simon Reich : Das deutsche Dilemma. Die Berliner Republik zwischen Macht und Machtverzicht. Berlin 1998, p. 326.

[42]) Ministère fédéral de la Défense, Bonn 26/11/1992. Principes directeurs de la politique de défense de 1992, chapitre II.

[43]) Michael Zürn : Edel, hilfreich - nicht gut. Deutschlands Außenpolitik genießt weltweit hohes Ansehen, warum eigentlich? Die Zeit, 42/2006, p. 10.

[44]) Cour fédérale constitutionnelle, 2BvE 3/92 ; sur la problématique constitutionnelle de la réserve d’examen parlementaire en général : Dieter Wiefelspütz : Humboldt Forum Recht 16/2010, p. 230-249.

[45]) Dans le cadre de sa « stratégie de sécurité pour l’Allemagne » du 06/05/2008, le groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag lança une telle offensive d’affaiblissement ; cependant, un jour plus tard seulement, le Tribunal constitutionnel fédéral renforça de manière fortuite et explicite la réserve d’examen parlementaire dans sa procédure contentieuse en mobilisant des soldats allemands pour des opérations de survol de la Turquie avec des avions SDCA (système de détection et de commandement aéroporté). 2BvE 1/03.

[46]) Karsten Schneider : Strategische Konstanten. Denkwürdigkeiten. Journal der Politisch-Militärischen Gesellschaft in Berlin. No 86, octobre 2013, p. 4.

[47]) Une Europe à deux vitesses serait préjudiciable. Un entretien avec Helmut Kohl dans le quotidien allemand FAZ évoque l’Union européenne et ses objectifs, la Turquie et d’autres candidats. Frankfurter Allgemeine Zeitung, 22 janvier 2004, p. 5.

[48]) Une République ouverte. Un entretien du Zeit avec le Chancelier Gerhard Schröder : Die Zeit, 6/1999, p. 33-34.

[49]) Gerhard Schröder : Une politique étrangère de la « Troisième voie » ? Gewerkschaftliche Monatshefte, édition 7-8/1999, p. 392-396.

[50]) Voir à ce sujet les observations formulées dans le chapitre suivant : Prévisibilité dans l’alliance.

[52]) www.spiegel.de/politik/deutschland/us-general-zu-bnd-einsatz-im irak-die deutschen-sind-helden-a-596913-druck.html.

[53]) Egon Bahr : Deutsche Interessen. Streitschrift zu Macht, Sicherheit und Außenpolitik. Munich 1998, p. 18.

[54]) Gerhard Schröder : Eine Außenpolitik, (cf. note 49) p. 393.

[55]) cf. Gunter Hofmann : Wie Deutschland in den Krieg geriet. Die Zeit no 20, 1999 ; Roland Friedrich : Die deutsche Außenpolitik im Kosovo-Konflikt. Wiesbaden 2005.

[56]) Bundestag, procès-verbal en séance plénière 14/186 (12 septembre 2001) p. 18293.

[57]) cf. Ein deutscher Krieg. Der Spiegel no 36/2011, p .75-87.

[58]) cf. Hanns W. Maull : Germany’s Foreign Policy Post-Kosovo: Still a Civilian Power? Dans : Sebastian Harnisch/Hanns W. Maull (éd.) : Germany as a Civilian Power? The Foreign Policy of the Berlin Republic, Manchester 2001, p. 106-127.

[59]) cf. Wulf Lapins (éd.) : EU-Strategie für Zentralasien. Drei Jahre danach. Friedrich-Ebert-Stiftung Almaty 2010.

[60]) cf. l’accord de coalition entre la CDU, la CSU et le FDP, 123/132.

[61]) La culture de la retenue militaire est plus que jamais actuelle. Interview avec le ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle. Westdeutsche Allgemeine Zeitung du 30/03/2012.

[62]) cf. Militäreinsatz in Libyen: Koalition der Kämpfer. Spiegel online Politik, 22/03/2011.

[63]) cf. EX-Nato-Chef bedauert deutsche Enthaltung. Krieg in Libyen: Gaddafi feiert seine Luftabwehr. Spiegel online Politik, 22/03/2011.

[65]) Karsten Schneider : Strategische Konstanten, (cf. note 46) p. 3.

[66]) Deutsche Welle, rubrique « International ». Frankreichs Interessen in Mali. 17/01/2013.

[68]) Angriff mit Giftgas: Merkel verschärft Ton gegenüber Syrien. Spiegel online Politik. 26/08/2013.

[69]) cf. note 67.

[70]) cf. dépêche de l’AFP du 27 août 2013.

[71]) La Chancelière Angela Merkel à la cérémonie célébrant les 50 ans du groupe de discussion de Bergedorf (« 50 Jahre Bergedorfer Gesprächskreis ») le 9 septembre 2011 à Hambourg ; le ministre de la Défense Thomas de Maizière, déclaration gouvernementale concernant la nouvelle orientation de l’armée fédérale. Berlin, le 27/05/2011.

[72]) UN A/RES/60/1, distr. : général, 24 octobre 2005 ; parmi les multiples ouvrages sur R2P/RtoP (Responsibility to Protect) voir Anne Rausch : Responsibility to Protect. Eine juristische Betrachtung. Francfort/M. 2011.

[73]) Le 28/11/2011 à l’Allianz Forum de Berlin.

[74]) Le 3 octobre à Stuttgart.

[75]) Discours du Président fédéral Joachim Gauck (cf. notes 17/18).

[76]) « Nicht zur Seite schauen », interview avec Ursula von der Leyen, Der Spiegel no 5/2014, p. 20.

[77]) « Es wird zu Recht von uns erwartet, dass wir uns einmischen », interview avec Frank-Walter Steinmeier, Süddeutsche Zeitung du 30/01/2014.

[78]) Office des Affaires étrangères. Discours du ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, à l’occasion de la 50è Conférence de Munich sur la sécurité le 01/02/2014.

79) Bundestag, imprimé 18/437.

80) Bundestag, imprimé 17/12386.

81) Regierung plant Bundeswehreinsatz in Somalia, Spiegel online 09/02/2014.

82) Markus Wehner, Steinmeiers Mission, Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, 23/ 02/2014, p. 2.

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