Considérations sur l’histoire opérationnelle d’une bataille


Thorsten Loch/Lars Zacharias

Les réflexions scientifiques sur l’histoire du militaire et de la guerre ont connu un regain d’intérêt et d’attention considérables dans la région germanophone pendant les dernières quinze années. L’historiographie militaire est sortie de son existence placée à la marge des recherches historiques. Ce qui est devenu le centre d’intérêt scientifique de cette renaissance bienvenue est la question des instruments méthodiques. Sönke Neitzel a constaté que l’historiographie militaire aurait flotté sur une vague d’historiographie culturelle depuis les années 1990 et qu’elle aurait été largement soutenue par les recherches nécessaires sur l’holocauste. A cause de cette vue sur le militaire, la guerre et la violence, vue qui était pour lui vraiment importante, mais en même temps limitée, Neitzel demanda si, surtout dans les recherches militaro-historiques allemandes, on n’avait pas trop souvent écrit une « histoire militaire sans guerre ». A cette question s’ajoute la discussion sur le positionnement et le procès de maturation méthodique de cette sous-discipline historique. L’ historiographie militaire, a-t-elle vécu une discussion de méthodes fructueuse depuis les années 1990 ou s’est-elle retirée trop précipitamment sur une approche multiperspectiviste, approche qui, certes, fut nécessaire mais qui, en fait n’était qu’un refus concentré des anciennes formes de l’historiographie militaire, et a-t-elle, en faisant cela, oublié de développer sa propre caractéristique, son propre profil? Est-il possible que, en fin de compte, il n’y avait même pas un positionnement méthodique mais seulement un élargissement des questions existantes sur un nouveau secteur thématique non utilisé : le militaire dans la paix et dans la guerre ? L’historiographie militaire, ne poursuivit-elle donc pas, dans sa largeur, plutôt des approches d’histoire culturelle, politique et diplomatique - approches qui sont aussi utilisées dans d’autres sous-disciplines ? La réponse (apparemment) toute proche qu’une histoire d’opérations (de n’importe quelle nature) pourrait apporter plus de contours à l’histoire militaire serait trop simple et, finalement, pas assez globale. D’un autre côté, la suppression de l’histoire des opérations militaires serait, pour citer Bernd Wagner, en fait une réduction dangereuse de l’analyse historique des guerres et, ainsi, un déficit sérieux. Une histoire d’opérations « moderne » y trouvera sa place à partir du moment où elle sera, en tant que sous-discipline, capable de fournir des découvertes militaro-historiques à des questions d’ordre supérieur. Dans l’exposé suivant, nous allons plus nous approcher de la guerre inter-allemande et nous allons sonder les possibilités du microcosme historique opérationnel de la bataille de Königgrätz. Dans cette dernière partie, nous considérons les décisions personnelles du maréchal Ludwig von Benedek, décisions qu’il a prises pendant la phase préparatoire de la bataille. La facette biographique de l’historiographie opérationnelle présentée dans cet exposé fait en plus paraitre sous une lumière différente les décisions du maréchal souvent critiquées. Si nous nous permettons, en tant qu’historiens, de négliger ce micro-échelon qui nous permet de réfléchir sur l’histoire opérationnelle, nous ratons une chance réelle de trouver le grand dans le petit. Il faudrait au moins l’y chercher.