Nous n’entrons pas dans la même rivière.

Une nouvelle politique européenne envers l’Est doit être une politique réaliste vis-à-vis de la Russie (1e partie)

Wulf-W. Lapins

 

Actuellement, le monde est en bouleversement. Son état politique est préoccupant. Syrie, Iraq, Iran, Lybie, terrorisme islamique et guerre hybride sont les mots clés. Le ministre allemand des affaires étrangères, Frank Walter Steinmeier, aurait, lors de son énumération de telles menaces primaires à l’occasion de la conférence de sécurité de Munich, en outre pu mentionner comme sources de danger pas moindres la course potentielle aux armements nucléaires entre les USA, la Chine et l’Inde ainsi que le tribalisme géopolitique qui couvre les conflits territoriaux dans la Mer de Chine méridionale et orientale. Mais ce n’est pas tout. Aussi sur le continent européen, la question de guerre et de paix est revenue. Cette analyse ne date pas de l’an 2008, quand une guerre interétatique a eu lieu du 07 au 12 août. Aujourd’hui, c’est l’Ukraine vagabonde qui se trouve au centre des préoccupations européennes. La guerre dans l’Est du pays est, d’après les estimations de la diplomatie allemande, le conflit le plus dangereux que nous avons eu en Europe depuis des décennies. La durée, les acteurs impliqués et le dynamisme d’escalade potentiel ont catapulté cette guerre dans des chambres d’écho plus fortes et des formes d’interprétation rhétoriques plus tranchantes que pendant la guerre de 5 jours en Géorgie. Comme dans l’allégorie de la caverne platonique, les ombres sont interprétées comme des réalités, dont on déduit des estimations. Ainsi, les élites de sécurité conservatrices et les élites politiques de Moscou perçoivent l’Ukraine comme un conflit de concurrence géopolitique sur leur carte topographique cognitive. La vue occidentale est plus différenciée. Lors de la genèse du conflit, le contexte de politique intérieure constitue ici une condition cadre importante. A cela s’ajoute une faiblesse de démocratie, une capacité étatique peu importante, la concurrence des structures de clientèle politiques et économiques, un développement de nation et d’état-nation fragmentaire et d’autres déficits infrastructurels. D’après une autre interprétation, il s’agit d’un conflit entre des échelles de valeurs russes et occidentales. Si on parvenait à intégrer ces échelles de valeurs en Ukraine, ainsi l’interprétation, elles constitueraient un phare de défi pour la démocratie dirigée par Vladimir Poutine en Russie. Apparemment, Moscou se détourne du système réglementaire politique et normatif du président Poutine avec un changement apparent des paradigmes aussi pour un chemin spécifique russe dans les domaines de la culture et de la civilisation. Ici surgit la question : quelles voies de politique extérieure et de sécurité pourrait emprunter la Russie et quelles seraient les mesures à prendre par l’occident pour éviter une division permanente de l’Europe ? Dans ce texte, on va regarder de plus près les conflits et les guerres dans et autour de l’Ukraine, et ainsi les questions de la sécurité européenne qui les accompagnent. Néanmoins, le format de la composition présente ne permet pas de faire une analyse exhaustive de ce sujet. L’article suivant ne reflète donc pas le résultat d’une recherche empirique et analytique. D’après son profil et sa structure, il représente une recherche menée sous forme d’une analyse secondaire enrichie par des connaissances empiriques et théoriques. Afin d’assurer une meilleure compréhension, on va retracer les lignes de développement stratégiques et politiques des coopérations de bon voisinage de longue durée - jusqu’aux perceptions de menace réciproques actuelles. Les étapes les plus importantes vont être problématisées sous forme de déductions logiques et avec une vue sur les cohérences, déficits et aussi contradictions possibles. Comme dans le principe d’incertitude de Heisenberg qui énonce que les éléments de construction de la nature ne sont pas suffisamment bien reconnaissables, pas à cause des mesures insuffisantes mais par principe, on ne peut également pas clairement reconnaitre les intentions de Poutine - avec la différence que, chez Poutine, c’est intentionnel. A suivre …