La fragmentation de l’Irak et ses effets sur la politique de sécurité

Stephan Maninger

 

La création du soi-disant « état des califes » en 2014, un résultat du conflit commencé en 2003 en Irak, a non seulement aboli les frontières entre les états du Proche-Orient mais a aussi entraîné des conséquences pour la situation de la politique de sécurité en Europe. La libération et la démocratisation de l’Irak comme modèle pour tout le Proche-Orient s’est avérée comme impraticable et, en plus, il semble que cette partie du noyau stratégique américain aurait même contribué à la déstabilisation de la région. La retraite globale des USA, initiée par un discours voulu conciliant du président américain Barack Obama à l’université du Caire en 2009 a créé un vacuum mondial de sécurité. Ce vacuum a finalement non seulement rendu possible aux forces djihadistes de se remettre des graves échecs de la décennie précédente mais aussi d’établir une base géographique en 2014 nommée « califat » et qui est composée des régions sunnites de l’Irak et de la Syrie. La genèse, les conséquences et possibilités d’actions (de ce califat) feront l’objet des analyses suivantes. Il y a un intérêt stratégique de l’Ouest de détruire définitivement le califat et de le remplacer par un ordre qui satisfait le droit d’autodétermination des Sunnites dans leurs régions. Dans ce contexte, l’aspect démocratique d’un tel ordre est secondaire. Les alliés américains dans la région ont perdu confiance dans la volonté d’action des USA et vont trouver d’autres chemins pour maintenir leurs intérêts. Des rivaux régionaux comme l’Arabie saoudite, l’Egypte, l’Iran et la Turquie vont se positionner dans ce sens et prendre la dissolution de la frontière irakienne comme occasion de renforcer leur influence. L’acquisition des technologies de destruction de masses comme protection contre une influence irakienne renforcée deviendra ainsi plus probable pour des acteurs comme l’Arabie saoudite. L’intervention de l’Ouest en Irak devra se concentrer de plus en plus sur une solution territoriale parce qui ni les USA, ni leurs alliés ou la Communauté internationale ne disposent de la force et des ressources suffisantes pour réassembler un Irak fragmenté. Le tracé de frontières naturelles semble plus prometteur qu’un autre essai de « nation building », après une troisième intervention des USA. La guerre en Irak est devenue une source d’instabilité régionale et globale et a initié un nouvel ordre des frontières et des relations de pouvoir au Proche-Orient. Les expériences faites dans cette région montrent à nouveau les faiblesses des approches de solutions de conflits occidentales. De plus, elles exigent une réorientation des stratégies d’intervention : il faut s’éloigner de l’idée du maintien d’un état et se rapprocher d’une solution territoriale. En même temps, la liberté de voyager de beaucoup de gens qui retournent dans leur région d’origine et les afflux de réfugiés mènent à un transfert de conflit vers des pays occidentaux, ce qui provoque des changements sérieux et durables pour la politique de sécurité, changements dont le résultat est incertain à cause d’un Ouest reculant, vieillissant et moralement épuisé.