Quatre années de révolte arabe - et pas de fin en vue

Martin Pabst

 

Fin 2010/début 2011, un mouvement de protestation s’est constitué dans presque tous les autres états arabes, mouvement qui revendiquait des réformes politiques et économiques. Provoqué par l’auto-immolation d’un jeune marchand de légumes harcelé dans une ville provinciale tunisienne isolée, les présidents de la Tunisie et de l’Egypte, déjà en fonction depuis de longues années, durent céder à la pression de la rue après quelques semaines. Ce succès rapide a renforcé la volonté de changement. Dans l’ouest, des optimistes ont trop rapidement parlé d’un « printemps arabe », ont pronostiqué une démocratisation rapide de la région d’après le modèle des états de la région Est de l’Europe centrale et de l’Europe de l’Est et ont annoncé la fin au moins de l’Islamisme militant. Selon la pensée de Francis Fukuyama, ils voyaient l’arrivée de « la fin de l’histoire », parce que seulement dans la région arabe des systèmes dictatoriaux, autocrates et semi-autocratiques ont largement persisté après la chute du Communisme. En revanche, les pessimistes (la plupart d’entre eux de la Russie et d’Israël) ont pronostiqué que des forces islamistes radicales seraient portées au pouvoir à cause de leurs ressources abondantes et de leurs possibilités propagandistes d’influencer les élections. Après des premiers succès électoraux des partis islamistes en Tunisie et en Egypte, ils parlèrent d’un « hiver islamiste ». En vérité, aucun des deux côtés ne devait avoir raison. Le mouvement de protestation arabe ne mena pas à un processus de changement commun ou rapide. Les analystes externes avaient généralisé et n’avaient pas pris en considération les conditions-cadre politiques, économiques et culturelles spécifiques des pays en question. Jusqu’à présent, les états plus riches comme l’Algérie et les monarchies du Golfe n’ont pas été secoués par les protestations. Ils ont pu apaiser leurs critiques par des salaires plus élevés pour les fonctionnaires, par des subventions et par des prestations sociales. Dans les royaumes de Jordanie et du Maroc, les monarques sont arrivés à consolider leur légitimité à partir du haut de la pyramide par des réformes politiques limitées. Finalement, les protestations escalèrent en Syrie, en Lybie et au Yémen et dégénérèrent en conflits armés : d’un côté, les personnes dirigeantes défendirent violemment leur pouvoir, de l’autre côté des groupes prêts à utiliser la violence se poussèrent au premier plan dans le camp oppositionnel, encouragés par des acteurs externes. Outre cela, les analystes avaient sévèrement sous-estimé l’importance de l’influence externe. Des pouvoir étrangers se sont en effet livrés une course au pouvoir et aux ressources dans la région arabe, région qui est géopolitiquement intéressante depuis plus de deux siècles. Les pouvoirs globaux et régionaux se sont vit adaptés à la nouvelle situation du moins s’ils n’avaient pas déjà commencé à initier activement des changements avant 2011. Par le biais d’une influence politique et financière, quelquefois aussi militaire, ils essayèrent d’influencer le bouleversement arabe. En faisant cela, ils ont conclu des alliances différentes avec des acteurs internes. L’affaiblissement du pouvoir étatique suite à de longs conflits de transformation a favorisé la montée des acteurs qui agissaient à travers les frontières. Ainsi, la milice terroriste djihadiste en Iraq et en Syrie, nommée « Etat islamique », ne reconnait pas seulement les structures actuelles de pouvoir, mais elle refuse aussi de reconnaitre des états et des frontières, et elle essaye de regrouper toute la région arabe sous son commandement. Cela ouvre la boîte de Pandore : des mouvements éthiques ou organisés de façon religieuse ou tribale ainsi que des acteurs criminels agissent de plus en plus de façon transnationale. Le pire cas serait une interaction de la guerre civile syrienne avec le conflit du Proche-Orient. Des combats entre l’Hezbollah et Israël au Golan en début de 2015 en sont un sérieux signe d’avertissement.