Dissuasion, chasse et protection sous l’eau - Sur l’importance stratégique, tactique et opérationnelle des sous-marins modernes

Nikolaus Scholik

 

Les deux articles de la série « Le pouvoir maritime au 21e siècle » (voir ÖMZ 3/2013 et 4/2014) publiés jusqu’à maintenant ont, bien sûr brièvement présenté la composante sous-marine dans son rôle respectif au niveau stratégique, tactique et opérationnel. Lors des réflexions stratégiques, conceptuelles et opérationnelles des états qui jouent ou veulent jouer un rôle dans le power play global, des systèmes gigantesques comme des porte-avions, des systèmes d’aviation et d’armement comme des avions de combat, des drones, des missiles antinavires, des missiles de croisière et des systèmes électroniques d’identification et gestion de combat se trouvent au premier plan des intérêts et du discours politique et militaire. Si, en revanche, on regarde les composantes actuelles (militaires) de la dissuasion stratégique et les concepts tactiques et opérationnels de la planification des opérations maritimes, on n’arrive pas seulement à une vue plus claire du rôle des sous-marins (à condition d’avoir fait un raisonnement approprié), on voit aussi que les sous-marins représentent un facteur indispensable au niveau stratégique, tactique et opérationnel. Au début, l’arme sous-marine n’avait qu’une seule mission : détruire des navires ennemis. Ainsi, il est légitime d’assigner dès le début à cette arme aussi un rôle stratégique. Pendant la Première et la Deuxième Guerre mondiale, on essaya de compenser le déséquilibre maritime du Reich allemand par une guerre sous-marine intensifiée et ainsi de briser le blocage maritime. Avec la phase de la Guerre froide et les grandes nouvelles technologies dans les domaines de propulsion, réduction de bruit, profondeur de plongée, durée d’immersion et changements techniques des systèmes d’armes (torpédos, missiles de croisière et missiles balistiques intercontinentaux), le rôle des sous-marins s’est considérablement élargi et développé. La tendance d’une, jusque-là, séparation classique des tâches (dissuasion, chasse et protection), qui a mené à des solutions techniques correspondantes, exige maintenant une nouvelle vue et une nouvelle définition des tâches ainsi que des solutions techniques appropriées. C’est avec des « sous-marins à tâches multiples » qu’on veut répondre aux défis élargis futurs, c’est-à-dire à la dissuasion stratégique, à la chasse sous-marine, à la coopération avec des forces spéciales, au renseignement, à la surveillance et reconnaissance, à la guerre de mines, à la lutte contre le trafic de drogues et à la guerre contre les navires de surface. L’importance des sous-marins pour toute la palette des conceptions d’opérations maritimes et les nouveaux défis sous l’eau pour arriver à des potentiels et capacités militaires sur l’eau n’a jamais été aussi grande que maintenant. A cela s’ajoute la capacité de dissuasion nucléaire. En somme, une dissuasion crédible et efficace dans le power play des superpuissances et une projection de pouvoir maritime ne sont pas possibles sans une force sous-marine puissante.