La situation stratégique en fin d’année

Lothar Rühl

 

Trois guerres de nature et d’intensité différentes illustrent en 2014 les conséquences stratégiques venant de contraires politiques non résolus: la guerre civile syrienne pour le régime d’Assad avec des fronts religieux et des participations étrangères à Damas ; le conflit guerrier entre les Shiites et les Sunnites dans l’Irak divisé, avec les Kurdes dans le nord du pays comme troisième parti belligérant - un peuple qui cherche son indépendance et, finalement, la jonction de ces deux guerres à partir de 2014, guerres qui s’étendent au-delà des frontières par les Djihadistes de l’ISIS qui ont proclamé un « état islamique » en Syrie et en Irak et qui réclament un nouveau « califat » pour tout l’Islam, califat qui s’étend du Golfe jusqu’au Levant. La guerre civile syrienne, à laquelle participent des Djihadistes de toutes sortes de pays depuis deux ans, fut déjà menée depuis 2013 au-delà des frontières jusqu’en Irak et au Liban et avait menacé la stabilité interne de la Jordanie par une vague de réfugiés. Finalement, la nouvelle guerre de Gaza menée pour la Palestine entre le Hamas islamiste et Israël fut la troisième guerre en cinq ans depuis 2008. Cette guerre, qui détruisit des grandes parties de l’infrastructure et des agglomérations de la bande de Gaza pendant 50 jours de bombardement mutuel, fut d’abord terminée par une trêve. Après de longs efforts inutiles des USA, l’Egypte finalement arriva à négocier un contrat qui stoppa la guerre d’usure et qui envisagea, dans le cadre des concessions limitées faites par les deux partis belligérants, une trêve à plus long terme, littéralement une trêve « illimitée », donc permanente. La troisième guerre de Gaza fut déclenchée, comme les deux guerres précédentes, fin 2008 par un bombardement d’Israël venant de Gaza et par des attaques terroristes produisant des pertes peu nombreuses de chaque côté. L’Egypte, sous le régime autoritaire du général et président al Sisi, s’est présentée comme médiateur entre le Hamas et Israël, mais sans soutenir le Hamas. En fait, l’Egypte fut plus proche du côté israélien que du côté palestinien. Ce comportement réside entre outre dans le fait que les Bédouins du Sinaï, avec leurs bandits et terroristes, menacent constamment la frontière désertique de l’Egypte et passent des armes en contrebande. Assombris par les trois grands conflits entre le Golfe persique et le Levant, des combats guerriers des bandes islamiques contre les gouvernements persistent toujours dans des régions africaines ainsi que contre les populations chrétiennes de plusieurs pays (du Kenya et du Soudan dans l’est jusqu’au Nigéria et le Mali dans l’ouest), avec des attaques terroristes et la guérilla dans les régions frontalières. Le Yémen (dans le sud de l’Arabie saoudite) et la Somalie (sur la Corne d’Afrique) sont restés des foyers d’incendie dont les flammes de la violence guerrière s’étendent et sont attisées au nom de l’Islam. En Afrique du nord, la Lybie, en tant qu’état défaillant, s’est déjà désintégrée en une région de guerre civile. Aussi dans la 13e année de la guerre en Afghanistan, il n’y a pas de perspective de paix interne, surtout si les forces de combat internationales se retirent fin 2014. Ici s’est ajouté, en 2014, le conflit territorial dans l’est de l’Europe entre la Russie et l’Ukraine pour la Crimée avec l’annexion par Moscou et l’essai d’une séparation du territoire de l’Ukraine de l’est entre Donbass et Odessa (situées dans le sud) et la ville de Dnjepropetrowsk (située dans l’ouest). La violation apparente du droit international par la Russie a réveillé l’OTAN et l’UE et les a confrontés à de nouveaux défis de politique de sécurité. Il y a même déjà des voix qui avertissent d’une nouvelle guerre froide entre l’Occident et la Russie. C’est pourquoi pour la Turquie, une nouvelle situation géopolitique et stratégique est de nouveau née en 2014 (après 1991), avec une probable nouvelle corrélation des forces vis-à-vis de la Russie - non seulement dans la mer Noire, mais aussi dans le sud-est de l’Europe et dans le Caucase. Néanmoins, la Russie est toujours en faveur d’une solution plus tardive des problèmes politiques, problèmes que posent la Syrie et l’Iran entre le Golfe et le Levant pour la sécurité régionale et internationale. La Russie, ainsi que l’Iran ne peuvent pas être simplement « isolés », et surtout pas être coupés de façon permanente de la politique internationale et de l’économie mondiale. Néanmoins, les crises persistent et créent des nouvelles alliances. C’est une leçon qui s’est à nouveau confirmée en 2014.