Nous n’entrons pas dans la même rivière.

Une nouvelle politique européenne envers l’Est doit être une politique réaliste vis-à-vis de la Russie (2e partie)

Wulf-W. Lapins

 

Du point de vue allemand et européen, on postule pour l’Ukraine une culture de politique de sécurité orientée vers une autolimitation unilatérale. Comme un mantra, le gouvernement fédéral refuse, à l’unanimité, toute sorte de soutien militaire pour l’Ukraine, malgré le fait que ses forces armées sont à peine opérationnelles et ont une capacité de défense très limitée. Les préoccupations de la chancelière allemande, Angela Merkel, que les livraisons d’armes de l’Ouest pourraient déclencher une dynamique d’escalade doivent être prises au sérieux. De même, on peut voir comme justifiée la position du président ukrainien Petro Poroschenko qui croit qu’un manque de capacité de défense militaire mène à des offensives contre les forces armées ukrainiennes, et ainsi à une escalade en Ukraine de l’est. Pourtant, les arsenaux d’armes sont répartis de façon asymétrique à l’avantage des insurgés.  L’équipement militaire de l’Armée ukrainienne est, comme décrit, dans un état catastrophique. Les Peshmerga kurdes reçoivent des armes allemandes pour se défendre contre la milice de terreur de l’Etat islamique (EI). Par contre, on refuse de telles possibilités à l’Armée ukrainienne – probablement pour de bonnes raisons. Le citoyen politique aimerait bien que le gouvernement fédéral lui explique ces raisons de façon plausible. Dans ce contexte se pose maintenant la question fondamentale de la préparation à la défense, de la dignité de défense et de la capacité de défense contre un opposant militaire supérieur qui a la capacité de la dominance d’escalade. La situation de l’an 2014 montre que l’OTAN serait capable de défendre les états baltiques contre une attaque massive russe seulement de façon limitée. De plus, elle sert à l’augmentation de la dissuasion conventionnelle. Mais, est-ce que ce n’est pas l’assistance convenue dans l’article cinq du contrat de l’OTAN en cas d’une attaque armée qui pompe, en tant que muscle cardiaque, de la sécurité dans les états-membres ? En principe oui, mais, comme on le sait, la clause de défense mutuelle invoquée par une attaque ne contient pas un automatisme de réactions militaires. En fait, chaque état-membre peut décider librement de sa contribution au rétablissement, c’est-à-dire de faire les contributions « qu’il estime nécessaires pour rétablir la sécurité du territoire nord-atlantique ». Donc, la gamme d’assistance s’étend d’un télégramme de condoléance jusqu’à l’emploi d’armes nucléaires. Sous le code « eagle guardian », la planification d’urgence militaire contre une attaque russe comprend aussi la Pologne et les Pays baltes. La rivière politique qui nous réunit avec la Russie sur le plan historique et culturel montre toujours des températures froides ou chaudes. Tous les essais d’en faire un large et profond canal de démocratie ont jusqu’à présent échoué à cause de la qualité du lit de la rivière centraliste construit du côté russe pendant des siècles. Néanmoins, cela ne doit et ne peut pas nous empêcher d’entrer dans cette rivière encore et encore, dans l’espoir et la perspective de points communs durables. Nous sommes conscients que cela ne sera jamais la même rivière, mais qu’elle sera toujours bordée de rives familières.