Le rééquipement matériel de la Bundeswehr pendant sa phase de reconstruction (1953-1958)

Raison d’Etat, nécessités de politique de sécurité et péréquation de commerce extérieur

Dieter H. Kollmer

 

Quand, au printemps 1955, la décision avait été prise de concéder à l’Allemagne fédérale la reconstruction de ses propres Forces armées dans le cadre de la défense de l’OTAN, il devint très rapidement clair qu’un des plus sérieux problèmes du gouvernement de Bonn serait l’acquisition de l’équipement individuel pour les soldats ainsi que de l’équipement majeur nécessaire pour défendre la frontière interallemande (p. ex. des chars, des avions et des navires de guerre). Le Gouvernement fédéral était sans aucun doute prêt à faire avancer le rééquipement de ses Forces armées selon ses possibilités, mais pas à tout prix. La complexité résidait dans le fait qu’on devait mettre sur pied et équiper, en partant de rien, une armée conventionnelle composée d’un demi-million de soldats - un défi qui mena à beaucoup de particularités et qui fit surgir un système d’acquisition de matériel couteux, système qui, jusqu’á nos jours, a empêché l’Allemagne de créer un complexe militaro-industriel, comme le font par exemple les Etats-Unis. Ces influences, initiées par la raison d’Etat de mettre à disposition pour l’OTAN, le plus vite possible, environ 500 000 soldats allemands équipés et entrainés pour la défense de la frontière interallemande, à travers les exigences de la politique de sécurité qui se manifestaient par les changements fondamentaux de la stratégie de défense jusqu’à la péréquation des soldes de commerce extérieur, menaient au fait que le réarmement de la Bundeswehr demandait plus de temps et plus de moyens financiers que prévus. Ce cas particulier, néanmoins, montre aussi les difficultés d’une démocratie de guider ses propres forces vers un but de politique d’état important.

Dans les années 1950, le gouvernement fédéral ne réussit pas à éveiller l’intérêt des forces économiques nationales de l’Allemagne de l’ouest pour faire face à ce défi. Ce qui prédominait, c’était la recherche du bénéfice et le maintien de l’équilibre social fragile. La construction d’un instrument pour la défense de ces acquisitions ne fut pas jugé trop urgente par les cadres supérieurs de l’économie allemande et les représentants des salariés. Heureusement, « l’équilibre de la terreur » marchait déjà si bien que même l’insurrection du 17 juin 1953 dans la RDA, la crise de Suez et la révolte de 1956 en Hongrie passaient sans mettre en danger l’existence de la République fédérale d’Allemagne. L’Allemagne de l’ouest réussit à compléter la formation de la Bundeswehr jusqu’en 1963 surtout grâce au soutien des USA et à l’intégration dans les structures de l’OTAN. En fin de compte, les trois années prévues par l’OTAN s’étaient étendues à une période de huit ans.