Sur la nature de la stratégie

Martin Wagener

 

La notion de « stratégie » montre depuis toujours des facettes théoriques ainsi que pratiques. Malgré une littérature énorme à ce sujet, on n’a pas vu, jusqu’á maintenant, le développement d’une discipline académique reconnue d’études stratégiques. Ceux qui ont suivi des études internationales peuvent se servir de manuels spécifiques offrant un éventail de domaines scientifiques similaires, chose qui n’est pas possible pour les études stratégiques. Il y a, en effet, toute une série de thèses sur la stratégie, mais la plupart d’entre elles n’est, en grande partie, pas théorisée. Le gros des publications dans ce domaine se distingue par le fait qu’il synthétise la vie des stratèges militaires les plus importants et qu’il présente les stratégies militaires des derniers temps. L’étiquette de « Strategic Studies » est utilisée pour une abondance de thèses dans le vaste champ de la politique de sécurité, sans toutefois refléter en détail ce qui constitue la partie « stratégique » de l’article. On peut constater un clair manque de sélectivité quand on voit que des notions comme « sécurité », « défense » ou « stratégie » sont utilisées comme synonymes, pour ainsi dire. Les instituts de recherche stratégique marquent ce dilemme de leur empreinte. Les stratégies se trouvent dans une zone conflictuelle entre une claire instruction à l’action et une flexibilité nécessaire pendant l’action. Toutes les deux sont nécessaires, mais pas en un dosage fixable, pour arriver au succès souhaité. On doit désigner comme art d’un stratège le comportement qui satisfait aux événements politiques quotidiens et spontanés, tout en gardant à vue les défis et menaces à long terme situés au centre d’une stratégie de sécurité. A partir de cette zone conflictuelle résulte inévitablement une exigence pour la stratégie : elle doit tenir à disposition, sur des voies alternatives, des options pour les éventualités qui peuvent se produire par des frictions. Le succès d’une stratégie dépend, d’un côté, si au niveau international les réactions de l’opposant ou du concurrent ont été calculées correctement. De l’autre côté, un gouvernement doit inclure les «checks and balances » de la politique intérieure dans ses intentions de politique extérieure. De plus, la qualité d’une stratégie de sécurité est liée aux capacités intellectuelles des dirigeants politiques. Dans ce contexte, on doit en principe constater qu’il est plus facile pour les systèmes autoritaires de mettre en pratique un concept stratégique. Contrairement à cela, on doit retenir ce qui Richard K. Betts a souligné pour les systèmes démocratiques : « The essential logic of democracy is compromise, but compromise often undermines strategic logic » (La logique essentielle de la démocratie est le compromis ; mais le compromis mine souvent la logique stratégique). Selon Edward N. Luttwak, une stratégie complète est le résultat de l’interaction d’une stratégie militaire à orientation verticale et d’une stratégie diplomatique à orientation horizontale. En fin de compte, une stratégie de sécurité idéale peut avoir du succès quand on est arrivé à établir une ligne équilibrée entre la dimension horizontale et la dimension verticale.