L’importance des gazoducs à grande distance pour la sécurité d’énergie en Europe - La querelle sur les projets de pipeline

Heinz Brill

 

Depuis la fin du conflit Est-Ouest, la querelle à propos d’une nouvelle politique de sécurité se poursuit.

Le problème de « sécurité d’énergie » inter- et transcontinentale assurée par des gazoducs à grande distance et leur transit vers l’Europe, n’est pas nouveau mais redevenu actuel. Surtout depuis que la Russie et l’Ukraine se disputent sur les prix du gaz et l’UE est à la recherche d’alternatives, les gazoducs transcontinentaux dominent la discussion nationale et internationale. Le gaz naturel fait partie des matières énergétiques fossiles et devient de plus en plus important dans l’approvisionnement en énergie internationale. Il s’agit d’une matière rare dont l’Europe consomme de plus en plus. Le gaz naturel est une matière énergétique qui a, en comparaison avec le pétrole, beaucoup d’avantages. Comme les nations qui consomment le plus de matières primaires sont celles qui en ont le moins, ce sont les pipelines et les flottes de pétroliers qui doivent assurer une compensation, parce que l’Amérique du Nord et l’Europe, à l’exception du Canada et de la Norvège, ont déjà largement épuisé leurs propres potentiels d’énergie, et la Chine et l’Inde sont les nouveaux concurrents pour des parts du marché. Pour pouvoir approvisionner le marché européen d’une manière sûre, les entreprises de gaz naturel investissent dans l’exploitation de réserves présentes et de nouveaux gisements en Europe, Asie et Afrique. En même temps, ils assurent le transport du gaz sur de grandes distances, des gisements jusqu’aux consommateurs. L’Union Européenne a déclaré un concept d’énergie obligatoire comme un de ses objectifs stratégiques. Ce qui est important dans ce contexte est le fait qu’on arrive à un mélange d’énergie équilibré dans toute l’Europe. Néanmoins, les intérêts nationaux sont encore trop différents pour pouvoir être réalisés à court terme. Comme le montrent les projets de pipeline « Nord Stream » et « South Stream », ce sont des pays individuels qui font avancer les grands projets. L’Allemagne soutient le pipeline baltique et l’Italie le « Southern Stream ». Contrairement au souci permanent de beaucoup de représentants de l’UE quant à une trop grande dépendance de la Russie, ce souci ne s’applique pas pour des pays individuels. Pour être capable de satisfaire la consommation croissante de gaz naturel dans l’UE, on est à la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement ainsi que de nouveaux moyens de transport. A ce sujet, le gaz naturel liquide (« Liquid Natural Gas », bref LNG) offre un complément essentiel aux projets de pipeline, comme, entre autres, au pipeline prévu « Nabucco » de l’UE, pipeline qui devra transporter du gaz naturel surtout à partir de la région asiatique centrale à travers la Turquie et l’Europe du Sud-est vers l’UE. Le terminal LNG le plus grand en Europe est celui de Milford Haven (Grande-Bretagne). Actuellement, on a environ quinze terminaux LNG en service dans l’UE, dont la plupart en Espagne. Plus de quinze autres sont en état de planification ou de construction. LNG constitue un complément important aux projets gazoducs, mais pas une concurrence. Aussi dans le futur, les pipelines vont dominer la carte d’énergie et rester la base de l’approvisionnement européen en énergie. A cause de la situation géoéconomique, ces gazoducs vont arriver en Europe sous forme rayonnée en traversant l’Europe du nord et du nord-est, la Russie, le Proche-Orient, l’Afrique du Nord. Selon Reinhard Mitschek, le directeur général de Nabucco, situé à Vienne, « le sujet de sécurité d’approvisionnement en énergie est un des plus grands défis auquel l’Europe devra faire face pendant les années à venir ».