De la sécurité d’un état à la sécurité d’un homme:

L’efficacité militaire de l’Afrique du Sud à partir de 1994

Abel Esterhuyse

 

L’Afrique du Sud avait, pendant la période de l’apartheid, une compréhension complexe de sécurité basée sur les œuvres théoriques d’André Beaufré et des notions comme « attaque totale » ou « stratégie totale ». Dans le livre blanc sur la défense, publié en 1977, on constate que la protection et le maintien de la souveraineté d’un état se sont transformés d’une affaire purement militaire en une affaire complexe nationale. L’ironie là-dedans fut le fait que cette stratégie nationale transforma l’Afrique du Sud en un état de sécurité et qu’elle militarisa toute la société. En regardant de plus près le militaire de l’apartheid, surtout sa façon de mener la campagne antiguérilla en Namibie, on constate quand même une connaissance détaillée de l’aspect humain lors de l’exécution de telles opérations. Enfin, la sécurité humaine devint la pensée centrale dans le concept de sécurité du nouveau gouvernement sud-africain après la fin de l’apartheid. L’acceptation de la sécurité humaine par le gouvernement après 1994 fut renforcée par la nécessité de démilitariser la société sud-africaine. L’approche du gouvernement ANC à la défense fut principalement ancrée dans le principe d’une défense non-offensive et non-menaçante. Il en suivit que l’Afrique du Sud se transforma, en très peu de temps, d’une société (sur)militarisée en une société démilitarisée. A beaucoup d’égards, l’Afrique du Sud constitue actuellement un exemple pour l’avertissement de Richard Betts concernant l’acceptation d’une définition au sens large de sécurité. Betts nous fait remarquer que la force militaire continue à jouer un rôle important et que des pays qui ignorent ce fait, le font à leurs risques et périls. En plus, Betts avance l’argument que des définitions larges de sécurité peuvent devenir rapidement un synonyme pour « intérêt » et « bien-être ». Cela crée le risque que la sécurité soit trop diversifiée pour avoir une valeur pratique. Cet article vise à démontrer les effets du changement de la sécurité d’état vers la sécurité humaine sur l’efficacité militaire sud-africaine depuis 1994, ceci en contemplant un large spectre de facteurs. Les forces armées sud-africaines ne furent pas seulement confrontées au concept de sécurité humaine - concept qu’on devait encore clarifier ; elles devaient aussi constater exactement ce que le militaire devrait faire pour tous les aspects non-militaires de la sécurité humaine. En même temps, le militaire sud-africain devait se transformer en une organisation légitime qui représente en grande partie la société sud-africaine. A la place des opérations à l’intérieur du pays, des missions de paix en Afrique sont devenues l’objectif principal des forces militaires. Cet article vous propose un bref aperçu des différentes opinions concernant l’efficacité militaire, en mettant l’effort principal surtout sur l’analyse de l’efficacité militaire sud-africaine pendant les gouvernements de Mandela et Mbeki.