La situation stratégique à la fin de l’année

Lothar Rühl

Pendant que les conflits qui ont aussi marqué les événements politiques mondiaux en 2019 ont continué, sans approches de solution des problèmes qui s’étaient constitués depuis des années, l’ombre menaçante d’une catastrophe climatique ainsi que la chaleur ardente du deuxième été extrêmement sec sont passées le long de l’horizon européen. Si cette ombre s‘étend au-dessus des continents et des océans, elle changerait radicalement les conditions de base des actions humaines. L’Amérique centrale avec les Caraïbes, le sud-ouest des USA, l’Australie et de grandes parties de l’Afrique ont déjà été directement affectés par ce développement depuis des années, c’est-à-dire toute l’hémisphère sud. Le désert s’étend de plus en plus en Afrique, sans entrave, à cause de l’érosion du sol et des tempêtes de sable croissantes (désertification). L’Amérique du sud est menacée, pour une longue période, d’un développement semblable si on ne stoppe pas l’agriculture sur brûlis dans la forêt vierge. En 2019, la Sibérie a déjà souffert d’un incendie de forêt couvrant une superficie de trois millions et demi de kilomètres carrés. En Afrique, de larges régions sont quittées par la population rurale à cause de l’assèchement des sources et de la baisse des eaux souterraines. Ces phénomènes sont devenus la force motrice d’une nouvelle migration vers le nord. De plus, une partie des îles de l’Asie du sud-est est aussi menacée, comme par exemple la disparition imminente d’une partie de Java, l’île principale de l’Indonésie. L’élargissement rapide de régions urbaines avec des masses dépassant les dix millions d’habitants constitue un potentiel de crise qui rend encore plus difficile un « bon gouvernement ». Dans ces méga concentrations qui, depuis des décennies déjà, minent et rendent inefficaces les administrations en Amérique du sud, en Afrique et en Asie, concentrations qui s’opposent aux autorités étatiques, qui provoquent des violences et guerres de bandes et qui créent des situations permanentes proches de la guerre civile, il est de moins en moins possible d’utiliser les biens publics pour une distribution socialement acceptable, pour une utilisation soignée et une administration convenable afin de maintenir le bien-être commun. Non seulement les démocraties libérales, mais aussi toutes les variantes de régimes autoritaires sont menacées par ce développement de crise. L’Egypte en fournit la preuve depuis des années, la Corée du nord depuis des décennies. Ce développement confronte toute la Communauté des états à l’intérieur des pays individuels ainsi que les relations internationales. Par cela, on ajoute une autre cause d’anarchie, lourde de conséquences, aux forces déjà jusqu’à maintenant destructives et opposées à la « stabilité » de la situation tant invoquée en tant que point d’ancrage de la paix et de la sécurité entre les « nations » ainsi que de la responsabilité globale des « puissances ». Un effondrement des structures de sécurité internationales n’était pas prévu pour 2019, mais bien une paralysie progressive des Organisations internationales en cas de crises internationales et « d’interventions humanitaires » dans des conflits internes, paralysie qui fut déjà une caractéristique principale pendant la deuxième moitié du 20e siècle. Les trois grandes puissances d’importance globale, les USA, la Chine et la Russie, se bloquent entre elles sur leurs positions géopolitiques de leurs stratégies. Depuis le début de la stratégie d‘expansion chinoise, aucune des trois puissances n’a pu élargir son influence au-delà des mers bordières de l’Asie de l’Est en direction de l’Afrique ou, par voie terrestre, à travers l’Asie centrale, en direction de l’Europe. Néanmoins, la corrélation future des forces entre les trois puissances, combinée avec leurs stratégies et d’autres facteurs géopolitiques reste indéterminée et, par conséquence, aussi la répartition du pouvoir et de l’influence – par exemple à cause de l’effet économique et politique du projet chinois nommé « nouvelles routes de la soie » par voie terrestre et maritime. « L’indépendance stratégique » des USA, souvent invoquée depuis la fin du conflit Est-Ouest en Europe, et cela non seulement depuis la présidence de Donald Trump, indépendance qui peut être atteinte par la politique européenne de sécurité et de défense définie dans le traité de Lisbonne de 2007 mais, pour quelques-uns aussi à l’aide d’une véritable Armée européenne ou une « défense européenne » générale, est encore toujours un but lointain qui n’est pas non plus visé par tous les pays-membres de l’UE - en vérité même pas par une majorité, parce que la plupart des partenaires de l’UE voient leur sécurité et indépendance mieux protégées par le pouvoir américain dans l’OTAN. A Pékin, la perception de la politique et rhétorique américaine pourrait produire un effet bien plus grand. Jusqu’à présent, une stratégie consistante et cohérente des USA concernant le « containment », c’est-à-dire le confinement de la tendance d’expansion chinoise maritime jusqu’en Afrique et à travers le continent eurasien ainsi qu’à travers le Moyen-Orient et la Turquie jusqu’en Europe afin de pouvoir utiliser et contrôler de grands ports (comme par exemple celui du Pirée et de Duisburg) ou le transfert de technologie par des propriétés industrielles et l’achat de terrains en Afrique pour l’utilisation agricole, ne s’est pas encore clairement manifestée. Pour le futur, la question de savoir si les USA seront encore intéressés à l’Europe en tant que partenaire congénial et utile, reste sans réponse. Pour cette raison et aussi à cause de turbulences pas encore calculables, mais probables suite au Brexit et aux conflits de commerce, surtout entre les USA et la Chine, on ne peut pas vraiment s’attendre, en Europe, à des décisions politiques d’une portée stratégique, décisions prises par Washington, mais aussi par Bruxelles, Paris, Londres ou Berlin.