LAutriche, stratégie et conflits hybrides

Une contribution au débat sur la politique de sécurité

Matthias Wasinger

Le présent article définit le terme « stratégie » et sa mise en œuvre en Autriche. Bien que l’auteur adopte la définition de « stratégie » créée par Andreas W. Stupka, c’est-à-dire « l’application planifiée et coordonnée de tous les moyens et possibilités d’un état pour préserver ses objectifs de politique de sécurité contre toute sorte de menaces », l’article va aussi aborder tous les aspects que Henry Mintzberg a cité dans ce contexte. En faisant cela, l‘auteur n’a pas l’intention de dessiner une image doctrinaire d’une conception stratégique en utilisant des définitions adversaires. Tout au contraire, il compare l’inventaire stratégique actuel de la République autrichienne avec les besoins. Pour éviter de glisser dans la théorie et dans l’incrédibilité, l’auteur essaie aussi d’analyser des événements présents ou récemment passés. En principe, l’Autriche se considère comme faisant partie du monde occidental et de ses valeurs. Puisque les conflits hybrides ne sont pas vus comme une chance mais comme une menace et - par conséquent - ont une connotation négative, un tel comportement apparemment « sournois » n’est pas attribué aux partenaires, mais à des agresseurs potentiels comme par exemple la Chine ou la Russie. Cependant, l’auteur n’aborde pas le sujet d’une garantie de sécurité pour l’Autriche à cause de sa neutralité. Plutôt, les événements liés à la politique de sécurité ont prouvé, pendant les dernières années, que la « Guerre froide » n’a pas cessé d’exister après la chute du Pacte de Varsovie. Une Russie redevenue forte, avec son ambition d’être reconnue comme superpuissance nucléaire sur le plan international, le terrorisme international et les égoïsmes des états nationaux ont plusieurs fois rejeté la théorie d’un futur paisible.

Au plus tard avec l’annexion de la Crimée, il est devenu évident que les frontières d’un état peuvent être retracées par force aussi au 21e siècle et que des systèmes d’armes conventionnelles peuvent être utilisés sur le continent européen au cours de conflits. Ce sont aussi des vols répétés (aussi à basse altitude) d’avions de combat russes ou américains au-dessus des forces maritimes de l’adversaire qui nous rappellent les apogées de la Guerre froide. Au cours du conflit en Syrie, un système de défense aérienne de l’OTAN a même pris à partie et abattu un avion de combat russe. Ainsi, la guerre en tant que telle n’a rien perdu de son actualité. La bataille conventionnelle entre états, unions et alliances - comme point final possible d’une attaque hybride - doit donc être vue comme un phénomène inchangé. Apparemment, ce sont les menaces hybrides qui constituent les défis actuels et, probablement, aussi futurs pour l’architecture de sécurité paneuropéenne et étatique. La république autrichienne a décidé, dans sa loi constitutionnelle sur la neutralité, de contrer ces menaces sans le soutien d’autrui jusqu’au moment d’un conflit armé. La pertinence de ces menaces vis-à-vis de l’Autriche résulte de sa situation de plaque tournante située au cœur de l’Europe. Très probablement, l’Autriche ne sera pas définie comme le seul but d’une attaque, mais peut-être comme une région de passage ou comme un objectif mou. Les caractéristiques d’attaques hybrides ont pour conséquence qu’en général elles ne sont pas détectables et qu’il est donc difficile ou même impossible de localiser l’adversaire jusqu’au dernier moment. De telles attaques se passent calmement, avec surprise, et elles sont bien coordonnées. Souvent, les premières apparences ne constituent pas le vrai objectif d’une attaque. Dans une telle situation, la stratégie, comme élément de protection de l’existence d’un état, peut servir de plan, de mesure de tromperie, de directive de positionnement politique et de point final. Pourtant, tout cela exige un contrôle permanent de validité et de crédibilité, des structures claires de commandement, une mise en œuvre disciplinée, une comparaison prévisions-réalisations permanente et surtout la volonté de détecter de telles nécessités. De cette façon, il sera possible d’affronter une menace dirigée contre l’ensemble d’un état sous forme d’une attaque hybride. En théorie, l’Autriche est bien préparée contre une telle attaque. Néanmoins, la réalité vécue permet toujours une amélioration considérable au profit de l’ensemble.