A propos de la situation militaro-stratégique en Autriche

Bruno Günter Hofbauer

En 2021, l’Europe, l’UE et ainsi, inévitablement, aussi l’Autriche seront confrontées à des réorientations stratégiques. Du point de vue militaro-stratégique, les développements et les bouleversements en Europe centrale pendant les dernières trente années ont montré une dynamique très forte. Les changements, partiellement radicaux, en Europe après la Guerre froide ont provoqué de graves conséquences pour la défense militaire de l’Autriche et ont mené à plusieurs réorientations militaro-stratégiques. On n’est pas encore arrivé à la fin de cette période transitoire et il est difficile de prévoir les développements futurs. La situation a vite changé, aussi pour l’Autriche, avec la dissolution du Pacte de Varsovie, l’effondrement de l’Union soviétique et la disparition de ses capacités militaires de l’Europe centrale ainsi que la chute du rideau de fer. Jusqu’à cette époque, l’Armée fédérale autrichienne était orientée vers la défense territoriale et l’empêchement de mouvements possibles de forces armées étrangères à travers l’Autriche. Suite à des bouleversements politiques dans des pays voisins, on a maintenant été confronté à de nouvelles menaces provoquées par des risques d’abord non calculables. Même si la réorganisation de la Tchécoslovaquie et sa séparation en deux états, la Tchéquie et la Slovaquie, ainsi que la réorientation de la Hongrie se sont passées sans versement de sang, des affrontements violents ont commencé à partir de juin 1991 le long de la frontière austro-yougoslave. Cet affrontement eut comme résultat la première opération de défense territoriale de l’Armée fédérale autrichienne. Le gouvernement fédéral autorisa le ministre de la Défense à déployer des forces armées à la frontière - une autorisation dont on ne tira pas de conclusions. A la surprise de beaucoup d’observateurs et de participants, le gouvernement autrichien ne proclama ni la « situation de neutralité » ni ne mobilisa des réservistes (la « milice »), c’est-à-dire les mesures prévues pour une telle situation. En fait, cette opération fut menée avec les forces présentes disponibles et avec des appelés pas suffisamment formés pour participer à une telle mission. Les répercussions de cette décision gouvernementale et l’attitude envers les soldats de réserve qui en suivit sont encore perceptibles au 21ème siècle. Ainsi, on n’est pas arrivé à combler le manque d’équipement, même après une réduction des troupes destinées à être mobilisées. Plus tard, avec l’abandon des exercices biannuels, exercices obligatoires pour les réservistes, la puissance militaire de l’Autriche fut drastiquement réduite. Ces développements ont obtenu une nouvelle dynamique à partir de 1990 par les crises au Balkan et la participation de forces armées autrichiennes aux opérations internationales menées dans cette région. Dans ce contexte, c‘est surtout la crise en Bosnie-Herzégovine qui fut particulièrement importante pour l’Autriche qui, tout d’un coup, devint un pays important pour le rassemblement des troupes de paix agissant sous le commandement de l’OTAN. En 1995, l’Autriche devint membre du « Partenariat pour la paix » (PPP) et ainsi, ouvrit un nouveau chapitre dans sa coopération avec l’OTAN. A partir de 1996, le contingent militaire autrichien (AUSLOG/IFOR) fut mis sous le commandement de l’OTAN et participa aux opérations de l’IFOR. Ce fut le début de la présence de troupes autrichiennes au Balkan, présence qui existe toujours. Avec cette présence, l’attitude de l’Autriche vis-à-vis de sa neutralité a considérablement changé. Une autre question à résoudre est celle du rôle de l’Autriche et, ainsi, aussi de ses forces armées dans la défense commune de l’UE, défense qui est en train de se développer. Ne pas opter pour un tel procédé européen serait une « déclaration de faillite stratégique » de l’Autriche vis-à-vis de l’UE. Si, quand-même, l’Autriche reconnaît la nécessité de se défendre contre un ennemi conventionnel, il serait nécessaire de restructurer ses forces armées à partir de zéro. Dans ce cas, il serait opportun de s’orienter vers les idées principales de l’ancienne « défense globale du territoire autrichien » - en prenant en considération les menaces existantes - ou de penser à une éventuelle adhésion à une alliance militaire. En tout cas, il est important d’initier les mesures nécessaires pour rendre possible une contribution adéquate des Forces armées autrichiennes au niveau de la sécurité ainsi qu’au niveau de la politique étrangère et de l’économie européennes.