La fin de « hide and bide » (se cacher et attendre): la « grande stratégie » chinoise pour la décennie 2020+

Bernhard Seyringer

Pour la Chine, l’année 2021 sera une année clé : la « période des possibilités stratégiques » a pris fin et, avec cela, la « société modérément prospérée » est considérée être réalisée comme prévu. Maintenant, la politique extérieure chinoise se prépare, selon les pronostics, à la confrontation avec l’Occident. Xi Jinping a donné une orientation clairement plus hostile à la politique de Pékin. Il voit que le moment est venu où l’on peut finir la période d’une retenue diplomatique, ordonnée à l’époque par Deng Xiaoping. Depuis la fin des années 1980, la Chine voit le développement de la hiérarchie globale comme un développement inévitable et irréversible, orienté vers un monde multipolaire. Un des scénarios de transformation les plus influents et lié à ce développement fut développé par Chen Qimao, un conseiller de l’ancien président chinois Jian Zemin. Il divisa la « période de transformation » en trois étapes : la première étape s’étendait de 1989 à 1991. La deuxième étape fut décrite comme « une superpuissance, quatre grandes puissances ». Dans la troisième étape, autour du passage au nouveau millénaire, Chen Qimao vit la grande transformation pendant laquelle, d’un côté par la perte de pouvoir relative des USA et de l’autre côté par les nouvelles grandes puissances, la hiérarchie globale est transformée en un monde « multipolaire ». Cette transformation offre à la Chine une « période de possibilités stratégiques », période déjà annoncée par Jiang Zemin lors du 16ème Congrès national du Parti communiste chinois (PCC). Le maintien de cette période fut déclaré comme le but et le centre de toutes les activités gouvernementales, en politique intérieure comme en politique extérieure. Par cette mesure, la Chine s’est accordé une période de deux décennies pour mettre en œuvre des réformes internes, augmenter sa force économique et créer un environnement international « bienveillant », nécessaire pour le progrès chinois. Suivant ce scénario, le progrès désiré devrait être atteint durant ces deux décennies. Après, l’Occident en verra les effets et commercera à entreprendre des contre-mesures drastiques (confinement). Pendant cette période, il est important de miner la création de possibles coalitions antichinoises par une « diplomatie de grande puissance » et, sur base de l’ordre de la retenue diplomatique de Deng Xiaoping (« Hide capabilities and bide your time ! »), de dissiper les inquiétudes occidentales concernant les conséquences d’un progrès chinois. Depuis l’automne 2013, quand Xi Jinping a esquissé l’initiative « Belt-and-Road », beaucoup d’observateurs occidentaux voient la Chine dans une offensive globale. En vérité, cette initiative n’est pas quelque chose de nouveau : depuis le milieu des années 1990, il existe probablement plus d’une douzaine d’initiatives de la « Route de la soie ». A la fin de la « période des possibilités stratégiques », la politique extérieure et de sécurité chinoise sera réorientée et, finalement, plus conflictuelle que maintenant. Cela sera le moment où la Chine annoncera un futur ordre mondial « à la chinoise ». Néanmoins, les idées en matière de politique extérieure, les conceptions et souvent aussi les capacités chinoises sont restées loin derrière cette ambition. Même si le temps d’apaisement et d’offensives de charme semble être passé, on a tout lieu de soupçonner que Pékin, pour des raisons d’instabilité politique intérieure et de mauvaise estimation des perspectives futures, est sorti trop tôt de sa cachette.