Recherches et tentations de grandeur nationale dans les Balkans occidentaux - mythes, acteurs, implications

Wulf Lapins/Enes Velija

L'objectif de cet article est de donner un aperçu, sur une base empirique préparée et discutée, des réflexions, descriptions et conceptions des aspirations albanaises à une grandeur nationale, qui, dans le cadre d'une conception potentielle, aurait un impact négatif massif sur les Balkans occidentaux. Les sources recherchées et problématisées au cours de ce projet élargissent et complètent l'ensemble des connaissances existantes et créent une valeur scientifique ajoutée grâce à la structure d'une section longitudinale historique et d'une section transversale systématique. Les guerres de sécession et de succession yougoslaves des années 1990 ont abouti, du point de vue politique, à la création de sept États indépendants dans les Balkans occidentaux. Géographiquement, la région est maintenant entourée par des États de l'UE. Dans ce contexte, l'UE est particulièrement intéressée à une stabilité régionale. Depuis des années déjà, les deux écoles de pensée politiques, l’une en faveur d’un approfondissement, l’autre en faveur d’un élargissement de l’UE, sont en désaccord dans les capitales européennes – et conditionnent donc comme leur plus petit dénominateur commun une « Enlargement Fatigue » (fatigue d’élargissement), fatigue qui s’est entretemps même transformée en une « résistance d’élargissement ». Toutefois, la germination répétée d'un ensemencement politico-systématique de ressentiments et de tensions ethniques nationalistes/populistes dans les Balkans occidentaux - souvent mêlés à un fondamentalisme religieux et à un chômage élevé dans tous les pays ainsi qu'à des déficits structurels dans les domaines de l'État de droit, des institutions démocratiques, de l'administration publique et du développement économique - implique des conséquences négatives, en particulier chez les jeunes générations. Des acteurs extérieurs à la région, tels que la Turquie, les États-Unis, la Russie, la Chine et les États arabes du Golfe, influencent les processus de soutien et de financement de l'UE dans les Balkans occidentaux par des politiques et des intérêts différents et défient ainsi l'UE sur le front géopolitique. Ils fournissent de manière répétée un soutien indirect ou direct aux élites politiques et économiques corrompues et permettent ainsi de retarder, voire de complètement saper les mesures de transformation démocratique exigées par Bruxelles. L'Union est confrontée à un dilemme très difficile à résoudre : en raison du temps indéfini passé dans la salle d'attente pour l'adhésion à part entière à l'UE, en raison des longues périodes d'adhésion, périodes qui sont certes justifiées mais qui résultent d’un manque de volonté ou de capacité de réforme, l’UE perd à la fois son charisme et sa crédibilité dans la région et ouvre en même temps la porte à la montée de l'autoritarisme, du clientélisme et du néo-patrimonialisme. Toutefois, les exemples de la Bulgarie et de la Roumanie révèlent également qu'une adhésion prématurée à l'UE sans l'atteinte d'une maturité durable en termes d'État de droit et de démocratie compromet la cohésion interne de l'ensemble de l'Union. Ce n'est donc pas une tâche facile pour Bruxelles.