Il y a cinquante ans : la lettre des 1.700

Peter Corrieri

Au début des années 1970, une période qui ne manquait pas vraiment d’émotions pertinentes, la lettre des 1.700 a causé un vrai trouble politique. C'était la première et la seule fois que les officiers des Forces armées autrichiennes se sont adressés directement aux dirigeants politiques et au législateur, sans passer par les voies officielles, et ont présenté leur avis professionnel sur un projet de modification de la loi sur les Forces armées. L'objectif n'était pas, comme on le prétend toujours à tort, d'empêcher la réduction du service militaire régulier à six mois, réduction qui avait déjà été acceptée longtemps avant par tous les partis politiques autrichiens. Les officiers ont plutôt élevé la voix pour attirer l’attention sur un manque significatif de mesures d'accompagnement et de conditions préalables nécessaires pour un développement raisonnable des troupes de réserve et des troupes permanentes de haute disponibilité. L'article présent est surtout un extrait du livre « Der Brief der 1700 - Demokratischer Offizierswiderstand gegen politische Populismus » (La lettre des 1 700 – la résistance démocratique des officiers contre le populisme politique), publié en 2013 comme volume 21 des « Schriften zur Geschichte des Österreichischen Bundesheeres » (Documents sur l'histoire des Forces armées autrichiennes), édité par l’État-major général et le Musée d'histoire de l'Armée. Comme presque un demi-siècle s'est écoulé depuis la « lettre », il semble nécessaire, d’abord, de présenter le développement des Forces armées autrichiennes avant les années 1970. L'auteur de cet article est lui-même membre de la promotion "Gschwandtner" (1961) de l’Académie militaire autrichienne et diplômé du 5ème cours d'état-major général. Le Parti socialiste autrichien (SPÖ) a continué de poursuivre son objectif d'une réduction du service militaire à six mois et de laisser tout le reste plus ou moins au futur. Dans ce contexte, il espérait une décision consensuelle en faveur des six mois, solution très populaire parmi les Autrichiens, d’autant plus que tous les partis politiques s'étaient déjà mis d'accord sur une telle procédure. Quant aux mesures d'accompagnement impopulaires, telles qu’une étendue des exercices militaires à intervalles réguliers avec les Forces de réserve, ou même des exercices de formation des cadres, on voulait accepter d’être mis en minorité par l'opposition afin de pouvoir lui reprocher, plus tard, la charge de travail supplémentaire qui en résulterait pour la population autrichienne. Cependant, l'opposition n'était nullement disposée à être poussée dans ce rôle ; donc, des négociations intensives et prolongées s'ensuivirent. Au cours de ces discussions, les résultats de la Commission fédérale de réforme de l’Armée et la lettre des 1 700 ont dominé les préoccupations de l'opposition parce qu’ils reflétaient l'opinion professionnelle des « généraux » d'une part et celle de l'écrasante majorité des jeunes officiers d'autre part. Les discussions, parfois mouvementées, se poursuivirent jusqu'à la veille de l'examen parlementaire de l'amendement à la loi militaire, les 14 et 15 juillet 1971. Jusqu’au dernier moment, des amendements souhaités par l'opposition furent intégrés dans la loi. L'amendement de 1971 à la loi militaire, adopté le 15 juillet 1971 avec les votes du Parti socialiste (SPÖ) et du Parti libéral (FPÖ), correspondit aux demandes des officiers, mais en partie seulement. Sans aucun doute, les choses ont recommencé à s'améliorer, bien qu'à partir d'un niveau très bas et uniquement selon des normes autrichiennes. La situation des cadres s'est lentement rétablie. Les budgets ont augmenté et il fut possible d'améliorer, dans une mesure modeste, l'équipement matériel et l'armement. Enfin, même la possibilité d'une formation obligatoire des cadres de réserve fut inscrite dans la loi et la disponibilité de véhicules civils a été améliorée de manière décisive grâce à la loi de 1968 sur le soutien obligatoire du militaire. Ce furent des décisions basées sur des nécessités matérielles et au-delà de tout populisme.