La question des deux pourcents

Sur le noyau géopolitique des relations germano-américaines

Jörg-Dietrich Nackmayr

Actuellement, le débat séculaire entre réalistes et multilatéralistes se poursuit - avec l'Allemagne en tête du camp des multilatéralistes. Cet article se concentre sur les arguments en faveur d'une vision réaliste du monde à travers laquelle - dans la tradition de Justinien et de tous ses prédécesseurs et successeurs - le monde est analysé et considéré tel qu'il est en son cœur. Ce point de vue sera examiné sur la base d'une question qui, au début du 21ème siècle, devient de plus en plus un différend géopolitique fondamental entre les États-Unis et l'Allemagne : la question des 2%. Pourquoi l'Allemagne s'écarte-t-elle de la promesse de dépenses de défense de 2% du PIB faite au sein de l'OTAN ? La réponse à cette question nous amène au cœur de la tectonique géopolitique entre les USA et l’Europe en général et entre les USA et l’Allemagne en particulier. Cette réponse nous aide à reconnaître comment le travail se fait dans la "salle des machines de la géopolitique". Elle nous aide à différencier entre ce qui compte et ce dont on parle seulement, entre la réalité et les apparences. Ce « dilemme des 2% » est aussi révélateur pour une autre raison : bien que l’Allemagne se considère comme le leader des multilatéralistes, dans le conflit des 2%, elle se comporte comme une puissance qui suit les concepts réalistes de la politique internationale et qui place ses propres intérêts au-dessus de ceux de la communauté. Avec le slogan « l'Amérique d'abord » et en tant que leader de l’Occident, les USA sont les moins enclins à des actions multilatérales. Cependant, dans le conflit des 2%, ils insistent sur le respect des accords conclus dans le cadre multinational. La géopolitique peut aussi être paradoxale. La thèse initiale de l’auteur dit que l’Allemagne est à la fois un allié de premier ordre des USA et son protégé. Les avantages de cette immaturité graduelle mènent d’abord et avant tout à une diminution des dépenses financières pour la propre sécurité. Le désavantage d’une telle politique est une souveraineté limitée. Traduite dans le langage de la géopolitique, la souveraineté limitée signifie également une responsabilité individuelle réduite dans les questions existentielles de la politique de sécurité. Moins de responsabilité réduit la charge financière. La disponibilité de ressources plus larges mène à des prestations sociales élevées et à une popularité accrue dans les relations internationales parce que la combinaison de la diplomatie du chéquier avec une neutralité équilibrée produit un meilleur effet que d’accepter le rôle du Shérif adjoint d'une coalition occidentale dirigée par les États-Unis. En tant qu’alliés de premier ordre des USA, les membres de cette coalition ne peuvent pas renoncer à l’Allemagne s’ils veulent atteindre leurs objectifs politiques. Cela crée un espace libre qui permet à l'Allemagne de bénéficier d'un traitement spécial et d'un écart obstiné. Dans son essence, le multilatéralisme mène à une rivalité anarchique. La stabilité géopolitique ne peut être atteinte sans le leadership d'un seul pays ou d'un ordre mondial bipolaire comme à l'époque de la guerre froide. « Apparemment, il faut être allemand ou vivre dans les nuages pour attendre un ordre de paix créé par le multilatéralisme et censé se développer dans un espace sans pouvoir. Dans la réalité, ce n’est pas possible », souligne l’auteur. Finalement, le multilatéralisme, en tant que principe de politique, serait une période de transition, de grande inquiétude et d’incertitude qui se poursuit jusqu'à ce qu'un nouveau leader, capable de créer la stabilité manquée, se soit installé. Ceux qui prêchent le multilatéralisme sèmeront l'insécurité et récolteront la violence. En tout cas, cela ne nous rapprochera pas de l'objectif d'un monde juste et sûr.