Heinz Brill

 

Suite à la position de la Turquie à l’interface de grandes régions géopolitiques et la constellation modifiée des espaces et des pouvoirs en Eurasie, au Proche-Orient et en Afrique du Nord, la « géopolitique » n’est pas seulement devenue une notion centrale, mais un critère essentiel pour la nouvelle « estimation des intérêts turcs ». Ce qui est intéressant dans ce contexte, c’est le passage de la Turquie d’un acteur passif (« objet ») à un « sujet » de la politique internationale. A cause des changements de structure internationaux et la nouvelle constellation espace-pouvoir en Asie de l’Ouest, en Asie Centrale et en Afrique du Nord, la situation des intérêts géopolitiques, géostratégiques, géoculturels et géoéconomiques turcs a profondément changé. Depuis la fin du conflit Est-Ouest, la Turquie est à la recherche de son nouveau rôle en Eurasie. Comme cette analyse le montre, le « débat stratégique » (initié par Ahmet Davutoğlu) est un défi pour la politique de sécurité turque et internationale. Le concept de la « profondeur stratégique », présenté par Davutoğlu, est une chose, son implémentation pratique en est une autre. L’aspect intéressant du « débat stratégique » tenu en Turquie est le fait que les personnes qui ont participé à l’élaboration théorique ont aussi considérablement contribué à la planification opérationnelle. Sa devise pour la politique extérieure et de sécurité turque était et est toujours : « Coopération maximale, combinée à une politique de voisinage pacifique ». Son crédo: « Pas de conflits avec nos pays voisins et dans notre voisinage » - en fait un concept de « pouvoir doux » ! Dès la publication de cette revendication, trois objections critiques ont existé : premièrement, la Turquie ne satisferait pas à son propre modèle parce qu’il y a toujours des violations des droits de l’homme dans le pays; deuxièmement, la politique extérieure turque serait trop ambitieuse par rapport à ses moyens ; troisièmement, le rôle d’une puissance régionale visé par la Turquie exige une paix intérieure et une stabilité pour avoir la capacité d’agir vers l’extérieur. En dehors de cela, le dénommé printemps arabe à presque causé un échec pour les idées centrales de la stratégie de Davutoğlu. Pour cette raison, le ministère des Affaires étrangères turc a élaboré une nouvelle stratégie, dont l’essence a été nommée « la maximisation de l’influence turque » par Davutoğlu. Avec cette nouvelle stratégie d’une « réaction flexible », la politique de voisinage turque a retrouvé son chemin vers la réalité politique.