Edwin R. Micewski

 

Si des valeurs ou des attitudes de valeur forment vraiment le fondement de l’idéologie d’un être humain, si elles sont déterminantes pour ses pensées et ses actions et sont des influences sur son environnement social et politique en tant que pouvoir qui donne du sens à la vie, la question de la genèse des valeurs, de leur origine, peut-être de leur transformation probable est non seulement la plus fascinante dans la structure de l’axiologie, mais aussi celle à laquelle on doit répondre en priorité.

Surtout quand on regarde l’homme comme un « zoon politikon » en ce qui concerne son encadrement dans des sociétés humaines et sociales, comme des réseaux professionnels et leurs associations, la question des valeurs semble être d’une importance plus profonde qu’on ne le croit en général. Cela d’autant plus, si, dans le complexe des valeurs, l’élément décisif pour la cohérence d’un collectif humain, d’un système social, peu importe de quel type et de quel ordre de grandeur, est reconnu et la valeur, la conscience des valeurs, l’attitude des valeurs sont vues comme la catégorie de médiation la plus importante entre l’être humain actif et son environnement social et professionnel. Le soldat et l’officier se sont toujours vus confrontés au défi d’une nécessité constante de juger et d’estimer les valeurs. Surtout dans la relation entre le militaire et la société civile, il se produisait et se produit toujours une contradiction dans la perception des valeurs et des systèmes de valeur. Ce clivage potentiel entre la société pluraliste et les Forces armées hiérarchiquement structurées ne peut et ne doit pas être dissout tant que la volonté politique et sociale de laisser à l’organisation militaire sa fonctionnalité et culture d’organisation typique dans l’ampleur nécessaire pour un accomplissement efficace de ses missions, va prédominer. Bien qu’on doive vivre avec cette dissonance de valeurs, il est cependant possible et souhaitable de la combler par des moyens rationaux et, par exemple, d’apporter cognitivement à l’organisation militaire et à ses membres la compréhension qui lui est refusée par la perception émotionnelle et irrationnellement colorée des valeurs. C’est sur ce compromis idéologique que les efforts du discours militaro-civil devraient se concentrer dans le cadre du travail médiatique et des relations publiques. Un minimum de cohérence d’organisation est tout de même la condition nécessaire pour une intégration sociale, ainsi qu’un consensus principiel concernant les valeurs de base d’un champ d’association humain pour sa fonctionnalité latente et efficace. Même si le pluralisme des valeurs, qui est en train de s’infiltrer dans le militaire, rend difficile le maintien d’une hiérarchie militaire interne, il faut tout de même - dans les conditions présentes - fonder une identité militaire distincte qui doit être vue comme paramètre central pour un discours constructif avec la société et pour l’encadrement du militaire dans le cosmos des valeurs de la société.