Felix Schneider

 

Le conflit autour de la région nigérienne de Biafra (1967-70) est au centre de cette analyse, qui va aussi retracer les traits fondamentaux du passé colonialiste jusqu’à nos jours. L’ancien Biafra n’est pas oublié, même si, entre-temps, plus de 20 millions d’Igbo du 21e siècle ne veulent plus fonder leur propre état. La politique du général Gowon de ne pas se venger des vaincus et de ne pas les punir non plus, a stoppé d’autres mouvements fugitifs possibles et empêché une diaspora parmi les Igbo. Les plaies profondes que le conflit, vieux de déjà plus de 40 ans, a laissé au Nigéria ne guérissent que lentement ; il est difficile d’analyser ce conflit à postériori. Les Igbo du Nigéria se sentent en partie encore toujours désavantagés. Surtout la littérature moderne nigérienne reflète le traumatisme que le conflit du Biafra a causé chez des centaines de milliers de personnes. Akinwande Oluwole Soyinka, de la tribu des Yorubas, est le plus important représentant de la littérature nigérienne. Il fut arrêté par les autorités nigériennes en 1967 parce qu’il intervenait activement pour une réconciliation des deux partis de la guerre civile. Pendant son séjour en prison, qui dura presque deux ans, il écrivit ses Poems from Prison qui lui donnèrent une popularité internationale et contribuèrent à sa mise en liberté, par la pression politique de l’Occident, après 22 mois d’emprisonnement cellulaire. En 1986, Soyinka fut le premier représentant de la littérature africaine qui obtint le prix Nobel de littérature. En fait, beaucoup de Nigériens s’orientent encore aujourd’hui plus à leur tribu et à leur groupe ethnique qu’à l’état, qui finalement est une patrie dominée par des étrangers pour tant d’ethnies différentes de la région du Niger. L’historien Garba Ashiwaju, ancien directeur national de la culture (mort en 2000) essaya d’expliquer le tribalisme encore toujours en vigueur dans une interview : I ’individu doit faire recours à son ethnie ; il n’a pas d’autre choix. L’état est trop faible, il n’offre pas de protection à l’individu. L’Europe a eu besoin de plus de 150 années pour développer un système de fonctionnaires étatiques. Seulement quand on aura aussi établi de telles structures étatiques, l’individu pourra se permettre de dire « Je ne suis pas Yoruba, Haussa ou Ibo, mais je suis Nigérien ! »