Franz-Josef Meiers

 

Lors de son inventaire des forces armées en 2011, le ministre de la défense allemand Thomas de Maizière a constaté de graves déficits. La Bundeswehr serait, « depuis des années structurellement sous-financée pour remplir les tâches qui lui sont confiées », dit-il. En dépit d’années de réorganisation, on n’a pas atteint les objectifs nationaux pour une armée opérationnelle - ni au niveau personnel, ni matériel. Elle ne disposerait pas de « capacités suffisantes, ni de structures de commandement optimales pour remplir efficacement ses missions ». La planification de l’armement serait dans un état catastrophique. La planification des structures, de l’armement et des finances de la Bundeswehr ne se complèteraient que de façon limitée. Les « réformes partielles » des années précédentes « n’auraient pas été suffisantes ». Les structures de la Bundeswehr seraient insuffisantes pour les missions actuelles et surtout pour les missions futures. Afin de renforcer durablement l’efficacité et l’orientation opérationnelle de la Bundeswehr, il fut nécessaire de lancer la plus grande et la plus profonde réforme de son histoire. « Cette situation exige des changements, et cela de nous tous », ainsi son résumé réaliste. Le ministre de la défense de Maizière se voit devant un problème insoluble, c’est-à-dire de réduire drastiquement le volume du personnel de la Bundeswehr, de transformer les Forces armées en un corps de personnel hautement flexible et « respirant », d’orienter l’équipement encore plus vers les exigences des nécessités opérationnelles et de remplir les directives du paquet d’austérité du gouvernement fédéral jusqu’en 2015. Le problème, à l’époque comme aujourd’hui, est de ne pas priver la Bundeswehr d’une base financière fiable au delà de 2015, mais aussi de ne lui pas donner, en même temps, suffisamment de temps pour contribuer de façon échelonnée à la consolidation du budget fédéral. Le sous-financement structurel continu du budget de défense au-delà de 2015 va nous mener, comme dans le passé, inévitablement à une réforme de la réforme, comme un document issu de l’Etat-major des Forces armées le souligne. « Le seul aspect positif » d’une réduction du volume du personnel à un nombre au dessous de 160 000 soldats est qu’une telle mesure atteindra le plus vraisemblablement la limite financière. Ce qu’on ne va pas atteindre, par contre, c’est le renforcement significatif de la capacité opérationnelle et de la persévérance de la Bundeswehr ainsi que la capacité d’action concernant la politique de sécurité allemande dans l’alliance d’actions multinationale de l’UE et de l’OTAN. Il n’est pas possible de poursuivre en même temps une approche orientée vers la capacité et de remplir les objectifs du paquet d’austérité imposé à court terme par le gouvernement fédéral. Une telle mesure équivaudrait à la quadrature du cercle. Une réforme qui s’adapte à la situation financière n’ouvre pas d’espaces libres pour une Bundeswehr moderne, capable d’affronter les défis futurs. Elle va nous mener aux mêmes résultats décevants que lors des efforts passés de restructuration de la Bundeswehr. Une réorientation de la Bundeswehr comme armée opérationnelle va surtout dépendre « d’un soutien financier durable des capacités nécessaires ». Le succès de la réorientation de la Bundeswehr va décisivement dépendre de l’habilité du ministre de la défense de Maizière d’unifier durablement, contrairement à ses prédécesseurs, les conditions de base pour une nouvelle orientation de la politique de finance et de sécurité.