E. Frank/K.-R. Trauner

 

Quand l’Autriche prit la décision, en 1955, d‘établir le Bundesheer (Armée fédérale) dans un système de politique extérieure perpétuellement neutre, cette mesure fut basée sur les prémisses d’un service militaire obligatoire et d’un ordre d’état qui gardait consciemment une équidistance envers toutes les religions et confessions. Cette nouvelle conscience de soi et de l’état autrichien s’exprima entre outre dans la nouvelle promesse de fidélité des soldats autrichiens. Cette promesse, créée en 1955, résulte des expériences sociales et politiques des cinq décennies agitées précédentes. La consolidation finale de la deuxième République par le traité d’état de 1955 se trouvait au premier abord sous l’ombre de la décennie d’occupation, mais en vérité elle était surtout soumise à l’influence des 7 années du « Reich millénaire » qui avaient régné sur l’Autriche. Six de ces sept années furent des années de guerre ; avant on avait la 1ère République échouée et l’état corporatiste. Le petit nombre d’officiers qui avaient la chance de servir dans l’Armée à partir des dernières années de la Monarchie jusqu’à la fin de la 2e Guerre mondiale (et après, peut-être, dans le nouveau « Bundesheer » de la 2e République), constataient déjà ces bouleversements dans leurs uniformes : comme les uniformes, les serments changeaient aussi à la même vitesse pendant la période d’une génération. Face à une histoire tellement riche en changements, la décision d’introduire une promesse solennelle (et pas un serment), promesse qui est restée presque inchangée depuis la formation de l’Armée autrichienne en 1955, fut plus qu’un acte traditionnel. La promesse n’exprime pas seulement la nouvelle philosophie d‘état démocratique et sa neutralité idéologique, mais aussi le désir politique d’un nouveau début. La promesse de fidélité est donc l’expression éminente de l’autoperception du nouvel état autrichien et de son système de défense militaire. Avec la décision contre le serment (et en faveur d’une promesse solennelle), l’Autriche a suivi une longue tradition. Les serments sont des témoignages de valeurs absolues. Déjà avant Jésus-Christ, le serment était un instrument d’affirmation de vérité. Et le droit canonique prescrit qu’on peut seulement prêter serment quand celui-ci est marqué par la vérité, la réflexion et la justice. Après tout c’est Dieu qui est appelé comme témoin pour la vérité. Ainsi, c’est seulement l’état fondé sur des principes religieux qui peut demander de prêter un serment, puisque l’ordre humain a ses origines dans l’ordre divin. La formule de promesse actuelle, par contre, exprime la prestation de fidélité et d’obéissance. Dans ce contexte, la notion de fidélité décrit la qualité d’une relation qu’on ne doit jamais regarder comme relation à sens unique. Ni la loi de défense militaire, qui place les opérations militaires à l’étranger en dernière position des priorités, ni la loi de neutralité ou le texte de promesse de fidélité s’adaptent à ce développement.