Lothar Rühl

 

Face à la crise financière continuelle aux USA, crise qui a des effets divers sur l’économie mondiale et en particulier sur les pays européens, les événements internationaux d’importance stratégique de 2011 se sont déroulés sous la forme de plusieurs crises sévères. Ces crises ont secoué les bases politiques et stratégiques des régions affectées, c’est-à-dire l’Afrique du nord, l’Afrique orientale et le Proche-Orient pendant que, en même temps, la guerre et la déstabilisation étatique se poursuivaient en Asie du sud-ouest, et le tsunami de la centrale nucléaire de Fukushima provoqua des conséquences politiques qui se répandirent au-delà du Japon, surtout en Allemagne, mais qui mena aussi à une modification de l’estimation des risques provoqués par la technologie nucléaire et l’énergie nucléaire en général. Ces développements, en partie révolutionnaires, vont probablement se poursuivre pendant les années à venir et renforcer la dynamique de l’anarchie internationale contre toute sorte de politique d’ordre et contre la sécurité collective, bien que les USA, l’ONU et l’OTAN essayent de diriger des développements positifs vers des ordres libéraux et démocratiques en Afghanistan et en Lybie, tout comme les USA, l’ONU, l’UE et la Russie le font au Proche-Orient avec le « quartet du Proche-Orient » entre Israël et les Palestiniens. L’aide militaire fournie par l’Europe aux rebelles contre la dictature de Gaddafi devrait servir à ces fins. A cette aide on ajouta, après son succès, un programme de soutien économique et humanitaire urgent pour la période de transition. De plus, on reconnut le Conseil de transition national et révolutionnaire comme gouvernement provisoire sur le parquet international en donnant à la Lybie un siège dans l’ONU, on relâcha les sanctions imposées contre Gaddafi et on débloqua les valeurs actives de l’état de Lybie. Et, finalement, l’OPEP concéda au pays une place dans son organisation. Les mots-clés généralement utilisés dans la politique internationale, politique toujours dominée par les pays occidentaux, sont ceux de « stabilité », « stabilisation » et « transformation ». Cependant, au cours de l‘année 2011 il n’était plus clair ce que, au-delà des objectifs comme « démocratie » et « liberté », le terme de « stabilité » voulait dire, et on ne savait plus exactement ce qu’on devrait « stabiliser » et « transformer ». Ce problème devint évident avec l’éclat en Afghanistan, au Pakistan et en Tadjikistan (Asie centrale), pays qui sont de toute façon encore des théâtres nébuleux de crises futures, mais il devint aussi surtout évident dans la « rébellion arabe » en Afrique du Nord et au Proche/Moyen-Orient. Ces processus révolutionnaires n’étaient pas encore finis mais, tout au contraire, juste à leur début. En fait, la politique d’alliance et de coalition occidentale, ensemble avec ses stratégies, était arrivée à une crise de sens pendant les années précédentes, crise au cours de laquelle cette politique semble perdre son orientation et la capacité d’actions communes risque de se figer. Du point de vue stratégique, les alliés occidentaux commencèrent, après la mort d’Osama Ben Laden, l’année 2012 (année d’élection critique des USA) avec un succès pas encore consolidé en Afrique du Nord ainsi qu’avec plusieurs flancs ouverts : en Afghanistan et au Pakistan, en Tadjikistan (Asie centrale), contre l’Iran, en Syrie et au Liban, en Israël et en Palestine, en Iraq, au Golf de Bahreïn et à la Corne d’Afrique, et, à ne pas oublier, au Yémen et en Somalie où la situation est complètement incertaine.