La situation stratégique en fin d'année

Lothar Rühl

 

L’année 2010 fut marquée par l’Afghanistan et la politique américaine dans le sud-ouest de l’Asie, politique qui englobait la perspective d’une retraite américaine, perspective que le président Barak Obama avait envisagée après que les premières troupes de mêlée américaines s’étaient retirées de l’Irak en 2009, et les dernières en 2010. Seulement environ 50 000 soldats américains restèrent sur place, prévus pour des fonctions d’instructeur et de conseiller de l’Armée irakienne, y compris des missions spéciales contre des terroristes, et cela pendant la période de 2011 à 2014. Le résultat politique de la mission de guerre, d’occupation et de soutien pratiquée pendant sept années pour l’état irakien, et cela dans des conditions politiques diverses, reste encore indéterminé. A la fin des combats, vers mi-2010, la situation de sécurité fut considérablement meilleure qu’en 2006/07, à l’apogée de l’insurrection de « l’Al Qu’aida islamiste en Mésopotamie » avec son objectif de fonder un « califat » sunnite et des actions des combattants clandestins baathistes provenant de la dictature de Saddam Hussein, dictature qui avait péri pendant la guerre de 2003. La politique occidentale de pressions et d’offres vis-à-vis de l’Iran pour un arrêt de l’enrichissement d’uranium, nécessaire pour la production des armes nucléaires, la reprise des négociations entre Israël et l’Autorité d’autonomie palestinienne sur le statut de la Palestine - reprise rendue possible par la médiation des USA pendant une année - , la conclusion d’un nouvel accord de START entre les USA et la Russie pour une nouvelle réduction des arsenaux nucléaires stratégiques ainsi que l’élaboration d’un nouveau « concept stratégique » pour l’Alliance de l’Atlantique du Nord sur la défense de l’Alliance et des opérations à l’extérieur de son territoire en faveur de la sécurité internationale s’y ajoutèrent comme développements stratégiques. Le résultat des actions finales en Irak et Afghanistan, actions pas prévisibles dans leur déroulement et dans leur durée en 2010, ainsi que le conflit politique avec l’Iran shiite resta indécis, la situation au Pakistan incalculable et menaçante. L’importance stratégique des destructions massives au Pakistan de l’ouest est évidente, compte tenu des inondations énormes en plein été le long de l’affluent de l’Indus et la détresse des masses de population dans cette région face aux milices islamistes ainsi que son voisinage direct avec le théâtre de guerre en Afghanistan et, à travers celui-ci, avec l’Asie centrale et la Chine. Les incendies en Russie pendant la canicule de l’été 2010 envoyèrent un signal alarmant vers l’Europe, comme ce fut déjà le cas deux ans auparavant le long des côtes méditerranéennes européennes ou en Californie. Après la fin des incendies en Russie et le blocage des exportations de blé, imposé par Moscou jusqu’à la fin de 2010, l’Organisation mondiale d’alimentation FAO a averti des famines et des émeutes qui pourraient en résulter dans des pays pauvres, émeutes causées par un manque de produits alimentaires d’une part et une augmentation des prix d’autre part. Globalement, l’importance de la Chine en tant que pouvoir mondial croissant se précise de plus en plus, surtout en Asie centrale et en direction de l’Asie du Sud. Pour les USA, en tant que puissance protectrice du Japon, de la Corée du Sud, du Taiwan, des états sud-est asiatiques et de l’Australie, en tant que nouveau partenaire de l’Inde, une telle politique de puissance navale représente une menace réelle dans la perspective de la décennie à venir. L’orient, surtout l’orient islamique, reste le grand défi politico-stratégique pour la sécurité internationale. Sa richesse d’énergie primaire donne une dimension économique mondiale au risque global qui y est inclus et donne ainsi plus de poids aux intérêts économiques des pays industrialisés occidentaux ainsi qu’à leur politique et leurs stratégies de gestion de crises.