Seul et pourtant ensemble A propos de la stratégie militaire de l'état national neutre dans l'Europe nouvelle - à l'exemple de l'Autriche

Horst Pleiner/Andreas W. Stupka

 

Le présent article considère le développement de la politique de sécurité autrichienne depuis la fin de la période d’occupation par les puissances victorieuses de la 2e Guerre Mondiale en 1955 jusqu’à l’ère actuelle de la fusion du continent sous l’égide de l’Union Européenne. Dans ce contexte, les conditions de politique de sécurité générales en Europe pendant cette période seront énoncées et, au premier chapitre, le terme de « stratégie » sera défini. Le deuxième chapitre décrira la situation spéciale de l’Autriche en tant qu’état neutre pendant la Guerre Froide. Le troisième chapitre examinera les théories de stratégie en Autriche pendant la période de bouleversement, ainsi que l’approche de l’OTAN et l’entrée de l’Autriche neutre dans l’Union Européenne. Le quatrième chapitre donnera une évaluation sur l’orientation militaro-stratégique possible de l’Union Européenne et ses états-membres, ayant pour but d’établir une défense commune dans un proche avenir. Tout cela exige un changement dans la pensée stratégique nationale - une exigence que cet article veut nous faire remarquer. Pendant la Guerre Froide, la pensée stratégique en Autriche a emprunté un chemin qui n’a mené que lentement à un concept de politique de sécurité utilisable et qui a eu son apogée dans la soi-disant « Raumverteidigung » (défense territoriale commune) dans les années 1980. Avant, à cause des expériences des guerres précédentes et de la période d’occupation, on hésitait beaucoup à vraiment établir un pouvoir armé et efficace, comme on aurait dû le faire en tant que pays neutre. Par une stratégie diplomatique adroite, la politique essayait, en désignant Vienne comme site permanent onusien et en participant à des opérations de soutien de paix, de gagner une position spéciale dans le monde et, ainsi, une protection appropriée pour le pays. Compte tenu de l’inutilité prétendue d’une bataille de défense contre les armées du Pacte de Varsovie, la composante militaire de la défense territoriale était considérée comme secondaire. Cela changea fondamentalement avec la conception militaire stratégique de la « Raumverteidigung » (défense territoriale commune). Avec cette conception militaire, d’un côté, et la voie diplomatique-militaire sous forme de participation intense aux efforts de maintien de paix de l’ONU, de l’autre côté, le petit pays neutre qu’est l’Autriche avait développé une forme de défense globale qui lui donnait des possibilités de survie en cas d’un affrontement entre les deux Pactes. L’entrée dans l’Union européenne eut lieu en tant qu’état neutre. Néanmoins, cette entrée demanda de l’Autriche aussi l’accomplissement de devoirs de solidarité - vu que l’UE envisageait l’installation d’un système de défense commune. Les états membres devraient être responsables de la défense territoriale mais pourraient aussi, si besoin est, faire recours au concept de la défense commune et, avec une structure militaire de type « milice », garantir la sécurité des états individuels et, ainsi, de toute l’Union européenne.