A propos des mitrailleuses au front du sud en 1915

Franz Felberbauer

 

La mitrailleuse fut un produit de la révolution industrielle et fut inventée aux Etats-Unis. Au début, elle n’était pas importante pour les commandants militaires de l’Europe. En 1914, on voyait le fusil avec la baïonnette au canon comme arme décisive. On pensait que les mitrailleuses étaient suffisantes, lors des guerres coloniales, pour permettre à un petit nombre de blancs de maîtriser les masses d’indigènes. Dans les pensées tactiques des Européens, la mitrailleuse n’existait souvent même pas. Au début de la guerre, en 1915, l’équipement de base d’une division italienne avec mitrailleuses équivalait à un quart de celui d’une division austro-hongroise ou allemande et à moins d’un cinquième de celui d’une division russe. Apparemment, l’état-major italien, ainsi que l’état-major anglais et français ne faisaient pas partie des partisans de la mitrailleuse. L’échec des mitrailleuses françaises, basé sur la fausse assignation (elles faisaient partie de l’artillerie et non pas de l’infanterie) ainsi que leur mauvais emploi tactique pendant la guerre franco-allemande de 1870/71, guerre où des armes automatiques furent intégrées pour la première fois dans une armée européenne, mena non seulement en France, mais aussi en Angleterre à un refus de ce type d’armes - et cela bien que les Anglais et Français avaient employé avec grand succès des mitrailleuses maintes fois dans leurs guerres coloniales. Même les massacres cruels que les mitrailleuses avaient commis au Soudan (Omdurman 1989) et dans la guerre russo-japonaise parmi l’infanterie assaillante n’apportèrent aucun changement d’opinion. La résistance générale des militaires vis-à-vis de la mitrailleuse résulta moins de son employabilité tactique ou de sa tendance à des problèmes techniques que de sa masse. Au début de la 1ère Guerre Mondiale, on avait besoin de 4 à 6 hommes pour pouvoir manier une mitrailleuse, qui, à l’époque pesait 40 à 60 kg, et d’une mule pour la transporter. Elles étaient largement considérées comme inappropriées pour des actions offensives et seulement utilisables pour la défense, surtout dans des forteresses. Comme les Anglais n’avaient manifestement pas encore appris leur leçon en 1916, on ne pouvait rien attendre de tel de l’état-major italien en 1915. On peut tout à fait croire que les mitrailleuses n’ont pas joué un grand rôle dans la guerre offensive italienne de 1915. D’après cette étude, on ne peut pas affirmer que les troupes austro-hongroises refoulèrent l’offensive italienne au front sud grâce à un plus grand nombre de mitrailleuses, et cela bien que les Italiens furent numériquement supérieurs aux Autrichiens dans tous les autres domaines. Particulièrement dans le cas des troupes austro-hongroises qui se battaient au front critique d’Isonzo, on peut clairement constater qu’elles disposaient, au contraire, d’un nombre de mitrailleuses beaucoup plus restreint. La tactique italienne démodée, l’intégration des mitrailleuses italiennes dans des unités inappropriées (régiments) et leur faible performance mécanique et balistique n’ont pas mis en évidence leur supériorité numérique.