La bonne gouvernance entre les forces armées et les compagnies de sécurité privées

Hermann Jung/Edwin R. Micewski

 

Tandis que, dans le passé, les compagnies privées et militaires de sécurité opéraient loin des projecteurs médiatiques, celles-ci se retrouvent aujourd’hui au milieu de l’intérêt public depuis les incidents mortels du 16 septembre 2007, incidents au cours desquels 17 Irakiens civils ont été abattus en pleine rue par des membres de la compagnie privée de sécurité Blackwater. Les actions des entreprises militaires privées, leur façon d’opérer et les conséquences des engagements mercenaires - sur le plan juridique, militaire et politique - passe de plus en plus à l’avant-plan des discussions sur la politique de sécurité. Non seulement à cause des incidents autour de Blackwater en Iraq, le débat sur la prise en charge des tâches militaires par des compagnies de sécurité privées a été fortement polarisé, idéologiquement marqué et caractérisé dans une mesure importante par des préjugés des deux côtés, c’est-à-dire le militaire et la société civile. La thématique s’étend d’un refus radical d’une infiltration civile dans des tâches typiquement militaires, d’un côté, jusqu’à des essais intensifs de refouler des organisations militaires dans leur importance pour la politique de sécurité au profit des pouvoirs civils et non gouvernementaux, de l’autre côté. Dans le contexte d’un changement des paradigmes, des nouveaux défis et devoirs pour les forces armées, des changements massifs dans leur structure et leurs effectifs, de l’influence croissante des organisations non gouvernementales et d’un marché de plus en plus lucratif pour des entreprises de sécurité privées, une querelle pour gagner en ’influence et en ressources s’est développée au cours des dernières années. Cette querelle pour des ressources n’a pas seulement mené à des développements défavorables dans la résolution concrète des problèmes de politique de sécurité, mais elle aussi compliqué et, parfois, empêché la réalisation des exigences posées aux politiciens responsables - au niveau national comme international - exigences appelées « good governance » dans le débat scientifico-politique actuel. Cet article a pour but de soumettre à une analyse objective, sous les conditions d’un environnement marqué d’une menace asymétrique et de défis humanitaires ainsi que d’un environnement de plus en plus internationalisé, la relation entre « good governance » et les tensions inhérentes entre forces régulières et compagnies de sécurité privées, et de mettre en évidence les possibilités ainsi que les nécessités d’une bonne coopération de politique de sécurité entre des organisations militaires et civiles. Concrètement, la privatisation inchangeable de la sécurité devra être prise en compte par l’intégration de compagnies privées de sécurité dans les organisations existantes de coopération civile-militaire (en ce qui concerne l’entrainement mais aussi les opérations concrètes) ainsi que par un clair lien légal de ces organisations et de leurs employés avec les règles d’engagement (Rules of Engagement) internationales et spécifiques d’une mission concrète.