Renaissance globale de l'énergie nucléaire ou seulement renaissance de prédictions ? La vision d'un monde sans armes nucléaires et les perspectives d'une utilisation civile mondiale de l'énergie atomique. 

Frank Umbach

 

L’annonce de l’abolition complète des armes nucléaires par le nouveau président américain Barack Obama en avril 2010 à Prague aurait à peine été prise en considération, si, entre-temps, cette vision n’avait pas été soutenue par des personnalités de politique extérieure et de défense ainsi que des experts de sécurité connues comme par exemple Henry Kissinger ou George P. Shultz. Côté politique intérieure, le président Obama ne pouvait obtenir le consentement du Senat pour le soutien et la ratification du nouveau contrat START que par un nouveau programme de modernisation des systèmes d’armes nucléaires d’une valeur de 85 Mrd de dollars, programme qui permet de produire jusqu’à 80 nouvelles ogives nucléaires par an. La vision d’Obama et le soutien par des personnalités connues sont une réaction face à l’inquiétude grandissante du « Régime de non-prolifération nucléaire » (NPT) de se trouver dans une profonde crise de crédibilité. La conférence de vérification imminente de mai 2010 risquait d’échouer sans de nouvelles mesures de désarmement, y compris la conséquence possible que, dans quelques années déjà, un nombre croissant d’états et d’organisations non gouvernementales puisse acquérir des armes nucléaires et/ou des « bombes sales » et ainsi mettre en danger pour une longue durée la stabilité et la sécurité internationales. Dans ce contexte, la 8e conférence de vérification du contrat NPT en mai 2010 eut vraiment lieu dans une ambiance changée, ambiance dans laquelle les USA exposèrent pour la première fois le nombre exact de leurs ogives nucléaires opérationnelles avec l’intention de créer une transparence internationale. A cette occasion, les USA, ensemble avec la Russie, confirmèrent aussi leur volonté d’un désarmement nucléaire, du moins en ce qui concerne les armes nucléaires stratégiques. En outre, on exprima l’intention d’organiser une conférence pour l’installation d’une zone sans armes de destruction en masse au Proche-Orient, conférence qui, sur le fond des ambitions croissantes du Moyen-Orient de construire ses propres centrales nucléaires civiles, semble plus urgente que jamais. Comme l’inquiétude croissante des pays arabes voisins de l’Iran le montre dans des documents de Wikileaks, ces ambitions ne peuvent en aucun cas se limiter à l’utilisation civile de l’énergie nucléaire. Déjà pendant les deux dernières décennies, la prolifération nucléaire a augmenté par les programmes nucléaires illégaux de la Corée du nord, de l’Iran, de la Lybie, d’Israël, du Pakistan et de l’Inde. En fait, on n’a pu stopper que le programme libyen. Une autre prolifération de programmes d’armes nucléaires est à craindre surtout au Moyen-Orient (Syrie, Egypte, Arabie Saoudite, Turquie), mais aussi en Asie (Myanmar) et en Amérique latine (Brésil, Venezuela). Si les ambitions nucléaires de l’Iran deviennent une réalité politique dans un futur proche, la question d’une protection antinucléaire américaine crédible et d’une dissuasion élargie (« extended deterrence ») va plutôt gagner en importance stratégique - de même que la nécessité d’une défense antimissile efficace va augmenter.