Les structures de la politique mondiale en état de changement Nouvelles et anciennes puissances 

Heinz Brill

 

Dix ans après les cérémonies du millenium, le monde est définitivement arrivé au nouveau millénaire.

Comme chaque « changement de paradigmes » dans la politique mondiale, les déplacements de pouvoir géopolitiques actuels incitent aussi l’élite stratégique internationale à faire des pronostics sur le futur. Dans leurs concepts, les experts assignent au 21e siècle des adjectifs comme « américain », « pacifique », « unipolaire » (américain), « bipolaire » (démocraties/autocraties), « multipolaire », « européen » ou « chimérique » (USA/Chine). Ainsi, la politique mondiale se trouve, dans la discussion sur ses idées d’ordre, au début d’une nouvelle ère. A cause des changements permanents dans le rapport des forces globales et régionales (sur le plan politique, économique, militaire, culturel, etc.), l’analyse présente est destinée à élaborer les structures de base d’une nouvelle politique mondiale et à donner de l’orientation dans une période de changement. Depuis la fin de la Guerre Froide, le débat stratégique sur la question de l’unipolarité ou de la multipolarité d’un nouvel ordre mondial est en cours. Entre-temps, l’histoire a déjà répondu à cette question depuis longtemps. La multipolarité est devenue une réalité, et la nécessité d’une coopération globale s’en suit obligatoirement, parce que la montée de nouvelles puissances n’est qu’une question de temps. Le fameux Samuel P. Huntington voyait déjà il y a une décennie des avantages énormes d’une telle évolution, aussi pour les USA. Dans son essai « The Lonely Superpower » (La superpuissance solitaire), il défendait l’opinion qu’avec la formation d’un système multipolaire le « community policing » pourrait devenir le substitut adéquat pour les USA, et, en même temps, les puissances régionales pourraient assumer la responsabilité principale pour le maintien de l’ordre dans leurs régions respectives. En conséquence, les grandes puissances vont, obligatoirement, se concurrencer, s’affronter et s’allier dans des groupements variés et composés de membres interchangeables. D’après Huntington, les USA n’auraient pas grand-chose à craindre, car dans un tel monde il n’y aurait plus de tensions ni de controverses typiques entre la superpuissance et les puissances régionales (comme c’est le cas dans le système uni-multipolaire actuel), et la fonction de superpuissance serait moins défiante pour les USA dans un monde multipolaire. Henry Kissinger comparait le monde multipolaire avec la projection globale du système d’états  européen du 19e siècle. Donc, il ne se passe rien de « nouveau », seulement quelque chose de « plus grand ». Après cette réflexion, il n’est pas exclu que dans le cercle de pouvoir composé de l’USA, de la Russie, de la Chine, de l’Inde, du Brésil, du Japon et de l’Europe, de nouvelles alliances se formeront à côté de celles qui existent déjà. Peu importe quand un tel cas se produit, il pourrait donner plus de continuité au système multipolaire et aussi engendrer des conséquences directes ou indirectes pour les institutions et alliances internationales, donc aussi pour le Conseil de Sécurité onusien.