Les limites des exemples historiques de guerre - la bataille de Marathon 

Karoline Resch

 

Dans un environnement militaire, la science d’histoire doit - à côté d’autres secteurs de discours scientifique sur le phénomène « guerre » - servir à créer les conditions et les bases, au sens large, pour remplir les missions, et ne doit pas devenir un objectif en soi. Malgré l’importance qu’on a accordée à la bataille de Marathon (490 av. J.-C.), les sources qu’on peut utiliser de façon indépendante pour une reconstruction possible sont encore limitées. Prioritairement, on doit ici consulter Hérodote, qui vivait au 5e siècle av. J.-C. et qui nous fournit la plus ancienne représentation textuelle du déroulement de la bataille, représentation dont d’autres auteurs comme p. ex. Cornelius Nepos, Plutarque et Pausanias furent dépendants ou, en comparaison avec Hérodote, furent moins importants. Ces auteurs ont rédigé leurs textes au moins quatre siècles après Hérodote. Le fait qu’on ne peut tout de même pas lire la version d’Hérodote comme un texte cohérent a été découvert très tôt et justement en rapport avec la bataille de Marathon. Outre Hérodote, il y a encore des découvertes archéologiques provenant du champs de bataille-même (le « Soros », c’est-à-dire la soi-disant tombe des Athéniens morts dans la bataille ; le soi-disant tombeau des Platéens ; découvertes du 5e siècle qu’on a utilisées pour la localisation du sanctuaire d’Héraklion ; le Tropaion et, finalement, une représentation figurative de la bataille qui a eu lieu dans la Stoa Poikile. On ne doit pas réduire la bataille aux événements qui se sont passés dans la plaine de Marathon le jour-même de la bataille, mais on devrait beaucoup plus mettre en évidence tous les niveaux de commandement et de prise de décision qui ont influencé l’événement. C’est seulement ainsi qu’on peut découvrir ou trouver un profit possible et identifier les faiblesses d’une reconstruction. A une simple répartition en niveaux militaro-stratégique, opératif, tactique et techniques de combat s’opposent, dans le cas concret, les particularités de la structure civile et militaire d’Athènes. Ainsi, on ne peut pas toujours tracer une séparation claire entre des décisions militaires et politiques au niveau de la planification militaro-stratégique et du commandement opératif. La considération des sources d’une bataille spécifique doit nous démontrer qu’il y a plusieurs obstacles qui s’opposent à une déduction des principes militaires d’un exemple de guerre historique. Avant de pouvoir effectivement tirer des conclusions à partir d’événements réels, on doit d’abord  exploiter les sources de façon précise et méthodiquement correcte. Deuxièmement, on doit identifier les limites de chaque exemple militaro-historique par rapport aux niveaux de commandement. Pour l’assignation des niveaux, en revanche, une adaptation aux circonstances spécifiques (mentalité, structure politique et militaire) de l’époque en question est indispensable. Les niveaux tactiques et techniques de combat dans le cas de la bataille de Marathon ne vont probablement pas mener l’historien militaire à son but. Une considération du niveau stratégique et opératif, surtout avant la bataille elle-même, sera d’une grande utilité, quelle que soit la distance temporelle qui nous sépare de ces événements (entre-temps 2 500 ans).