Heinz Brill

 

Les pensées et les actions géopolitiques s’accroissent constamment dans les analyses des situations internationales. On peut constater une telle tendance surtout pour les puissances mondiales et les superpuissances, mais aussi pour de nombreuses puissances régionales. Actuellement, on souligne surtout l’importance géopolitique particulière de l’Ukraine et de la Turquie lors de presque chaque discussion internationale. Pour les deux états, suite à la constellation espace-pouvoir changée, la « géopolitique » est devenue un critère central lors de la nouvelle « analyse de situation » : la Turquie, en tant que puissance croissante et à cause de sa position à l’interface des grandes régions géopolitiques, s’efforce de devenir le « pivot géopolitique en Eurasie », et l’Ukraine, suite au changement interne de son système et à cause des conséquences de la réorganisation de la région postsoviétique, tente de redéfinir sa position internationale. Pendant que la fonction de sujet de la Turquie est de plus en plus reconnue dans la politique internationale, l’Ukraine essaye de se retirer de la sphère d’influence russe, même sous la menace d’une désagrégation de l’état ukrainien. Jusqu’à présent, le futur de la région post-soviétique n’a pas été suffisamment discuté entre l’UE, l’OTAN et la Russie, et les propositions russes n’ont pas été suffisamment examinées. Pour cette raison, l’analyse présente s’occupera des nouvelles dynamiques de la politique intérieure et extérieure, des chances et dangers causés par les transferts rapides de pouvoir et champs de conflit, facteurs qui pourraient avoir des effets directs ou indirects sur la politique extérieure et de sécurité ukrainienne et, finalement, l’analyse traitera la question centrale des options géopolitiques qui pourraient s’ouvrir à l’Ukraine si elle se développe d’un objet à un sujet de politique internationale. Dans ce contexte, on doit prendre en considération toute une série de facteurs géopolitiques de situation. Dans la situation actuelle de la politique de sécurité en Europe, « l’Europe Intermédiaire », et surtout l’Ukraine, menace de devenir une zone de conflit (permanente) dans laquelle une confrontation entre l’UE/OTAN et la Fédération de Russie pourrait se développer. Ce scénario fut déjà prévu par Winfried Schneider-Deters il y a des années. Mais Schneider-Deters vit aussi la possibilité d’un équilibre des intérêts des deux côtés dans lequel la décision de l’Ukraine elle-même va être déterminante. Lors de son investiture en février 2010, l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovytch a tenu un discours-programme très remarqué : l’Ukraine doit devenir un « pont » entre l’Est et l’Ouest ; elle doit coopérer avec l’OTAN mais pas devenir membre ; elle doit obtenir un contrat d’association avec l’UE mais en même temps se rapprocher de « l’espace économique eurasien » de Moscou ; on doit créer un consortium ukrainien-européen-russe pour la surveillance et la modernisation des gazoducs ukrainiens ; l’Ukraine doit également devenir, sous sa présidence (c’est-à-dire de Ianoukovytch) un « état non-aligné européen », état qui cultive des relations mutuelles et avantageuses pour tous avec la Fédération de Russie, l’UE, les USA et d’autres états. Avec ces points centraux, Ianoukovytch essaya de continuer sa politique extérieure « multi-vectorale » dans le cadre d’un équilibre stratégique.