Lothar Rühl

 

Les événements de l’année 2013 ont illustré plusieurs théories stratégiques fondamentales sur la maîtrise de crises and la cessation de conflits par des moyens politiques et militaires : la doctrine de l’utilisation de force militaire comme « moyen ultime » après « l’épuisement de tout autre moyen » (« last resort » ou « ultima ratio ») retarde et affaiblit la maîtrise internationale de crises et de conflits. L’utilisation de moyens militaires perd son effet avertissant et curatif si, d’après la doctrine d’une « augmentation graduelle » de l’intervention militaire ou d’un renfort des forces employées, on commence par et continue avec un mandat et des forces les plus restreintes possibles (« incrementalism » ou « gradualisme »). On ne peut et on ne devrait pas « stabiliser » chaque situation et chaque régime ou chaque constitution d’un pays pendant une période de crise. Dans certains cas, un changement fut et est nécessaire, p. ex. d’une relation des forces comme en 1995 en Bosnie et en Croatie, en 1999 au Kosovo, en 2011 en Lybie et, depuis 2011, en Syrie. Aussi en Afghanistan, le stationnement et les activités de combat des troupes internationales depuis la chute des Talibans par l’intervention militaire des USA à la fin de l’année 2001 est seulement possible sous forme de « stabilisation » grâce à la nouvelle relation des forces créée et puis consolidée par cette intervention et grâce aux nouvelles conditions politiques, avec toutes leurs faiblesses. Si la « stabilité » atteinte par ces mesures va survivre au retrait des forces de mêlée américaines et la force de protection ISAF jusqu’à la fin 2014, et si l’ordre étatique créé par l’intervention internationale va s’imposer, sera une question primordiale ouverte portant sur toute l’opération après, alors, 13 années de stationnement de troupes internationales. C’est la raison pour laquelle l’idée globale des « opérations de stabilisation » comme fin universelle d’une intervention militaire est nocive et politiquement trompeuse. Une intervention militaire devient le plus vraisemblablement une condition préalable pour la solution de problèmes politiques et la cessation d’un conflit dans le futur si elle est menée, comme en 1990/91, pour la libération du Kuwait de l’occupation irakienne avec des forces largement supérieures et des capacités opérationnelles. L’ONU, à cause de l’obligation de concordance entre les cinq puissances de veto dans le Conseil de sécurité onusien, est peu appropriée comme instrument de réaction rapide face à des crises internationales. Cela s’est déjà vu en 2012/13 par le refus russe et chinois d’entreprendre des sanctions décisives contre la Syrie. Cependant, la menace américaine d’attaquer des cibles sélectionnées des forces gouvernementales syriennes à cause de l’emploi d’agents chimiques dans les banlieues de Damas en août, cibles contrôlées par des groupes rebelles et bombardées à partir de régions sous le contrôle des forces gouvernementales, existait comme menace efficace. A cause de cette menace, Moscou, Pékin et, ensuite, Damas consentirent finalement à une destruction complète des armes chimiques des forces armées syriennes. L’escalade d’un conflit intra-étatique ou d’une crise ne peut non seulement être causée par une intervention externe, mais aussi par une dynamique d’escalade interne provoquée par la confrontation d’ennemis nationaux, comme c’est le cas sur le Balkan, en Lybie, en Egypte, au Mali, en Somalie, au Yémen, au Liban, et surtout en Afghanistan et en Syrie. Avec le nouveau président iranien, Rohani, une détente avec les USA et, donc, de la situation conflictuelle au Golfe semble s’initier. Pour les USA, l’Europe est toujours, avec le contrôle sur la contre-côte nord-atlantique et la méditerranée, l’allié le plus précieux d’outre-mer, même si l’accent de l’intérêt géopolitique stratégique des USA s’est déplacé vers la région du Pacifique de l’ouest/de l’Asie. Cependant, il faut mentionner que cet intérêt commence près de l’Europe, c’est-à-dire au Proche-Orient, et forme son pôle occidental autour du Golfe persique, de la Mer arabe et de la Corne de l’Afrique.